Voici un texte que Pierre Levy a publié sur son site sous le titre "pente glissante pour B Thibault". Il en garde la responsabilité pour tous les termes. s'il ne s'agit pas pour La Canaille de s'aligner de façon inconditionnelle derrière ce qui y est avancé mais de noter la pertinence du cadre des interrogations.
De plus, La Canaille reste persuadé que la lisibilité des choix de la CGT, même si cela compte, n'est pas et ne peut être circonscrite à telle ou telle déclaration de son secrétaire général à un moment donné (même si cela doit interpeller les syndiqués sur la primauté à accorder au contenu des revendications sur le choix des directions qui ont mandat de les mettre en oeuvre, les secondes étant subordonnées aux premières).
La CGT, à la différence des trade-unions britanniques ou des syndicats des pays socio démocrates d'Europe du nord et d'Allemagne n'a jamais eu de lien organique avec la SFIO et même la SFIC (voir l'entretien entre Lénine avec Monmousseau et Sémard sur la question de l'Internationale Syndicale Rouge ou celle encore plus liées au débat politique d'après 1917 sur les 21 conditions pour adhérer à la IIIème internationale).
Pour autant un des mots d'ordre de la CGT, "indépendant mais pas neutre", traverse avec vigueur le XXème siècle et demande tout azimut à rester très actifs pour le XXIème ...et au-delà.
Pas d'alignement préalable, indépendance et donc droit de choix et son expression publique en TOUTES circonstances.
C'est en cela que l'article de P Levy est utile.
Reste un des aspects que P Levy n'aborde pas c'est la stratégie de la CES qui dans sa lecture d'une possible Europe sociale joue les chevaux de trait de la social-démocratie au risque de se retrouver à réaliser le débardage des acquis sociaux.
On le voit en Grèce ou en Espagne où les syndicats affiliés à la CES se déconsidèrent dans leur refus à attaquer frontalement UE, la BCE et le capital qui étranglent les salariés de ces pays. En Espagne encore où les syndicats "CESiens" espagnols soutiennent le pouvoir de droite contre le peuple argentin dans l'affaire de la nationalisation du pétrole et du gaz par l'Argentine. La CES est le réceptacle de toutes les unions sacrées et l'histoire nous en montre les risques et conséquences.
Cela dit total accord avec P Levy sur le rappel que la CGT dans son histoire a su faire des choix parfois très fermes et légitime sur le terrain politique.
Comme il est bon et bien d'insister dans la période : le syndicalisme efficace est indépendant mais pas neutre. Et ces deux critères assumés, le rendent toujours plus efficace.
Le texte de Pierre Levy :
C’est à chaque fois la même chose. Entre les deux tours des élections présidentielles, on débat, on s’étripe : le 1er mai pouvait-il, devait-il s’abstraire d’enjeux politiques ? Le président sortant s’est emporté contre la CGT après que son secrétaire général eut conseillé clairement le bulletin à utiliser. Pour Nicolas Sarkozy, la centrale de Montreuil serait « sortie de son rôle ».
La prise de position de Bernard Thibault soulève en réalité trois questions : celle de sa légitimité ; celle de sa pertinence ; celle de sa cohérence.
Sur la première, l’actuel locataire de l’Elysée, qui a longtemps tenté de cajoler le dirigeant syndical, ne peut l’ignorer : la CGT s’est engagée sur le terrain politique à de très nombreuses périodes de l’histoire – y compris la plus sombre. Dans les années 1970, elle a soutenu sans relâche le programme commun de la gauche. Une décennie plus tard, elle appuyait Georges Marchais lors du scrutin de 1981 (il est vrai que c’était à l’époque où le PCF se voulait encore un parti « de classe », bref, quasiment la préhistoire). Il n’est pas certain que le monde ouvrier s’en soit plus mal porté. Quoi qu’on en pense en tout cas, le mouvement syndical français ne s’est jamais interdit de se positionner dans le champ politique tout en revendiquant son indépendance ; c’est même une différence majeure avec quelques pays voisins. Que cela plaise ou non à l’ancien maire de Neuilly, cela fait partie intégrante de l’histoire nationale. La mise en cause de la légitimité syndicale à s’engager n’est donc pas recevable.
La deuxième question est plus délicate : en suggérant de voter pour François Hollande, la direction de la CGT a-t-elle fait le « bon choix » ? Il appartient aux adhérents du syndicat, et à eux seuls, d’en juger. Certes, nombre d’entre eux auraient probablement approuvé un tel appel si la question leur avait été posée. Mais pas tous, loin de là. Rendez-vous donc au congrès confédéral de mars 2013. Entre temps, l’actuel maire de Tulle, s’il est élu, aura mis en œuvre une politique d’austérité bien plus drastique que ce que nous venons de connaître. Dire cela n’est nullement faire un procès d’intention, mais énoncer la conséquence automatique de l’engagement du candidat socialiste à respecter les injonctions et normes bruxelloises. Ce que résumait fort judicieusement Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il évoquait « Hollandréou » – avant d’appeler désormais à voter pour ce dernier.
Mais c’est la troisième question qui recèle un mystère, du moins en apparence. Souvenons-nous : il y a tout juste sept ans, le même Bernard Thibault, confronté au référendum sur le projet de constitution européenne, plaidait pour que la centrale s’abstienne de toute prise de position. Ce qui lui valut d’ailleurs peu après le plus cinglant désaveu qu’ait jamais subi un premier responsable cégétiste : le Comité confédéral national (la plus haute instance entre deux congrès, la « CGT profonde », en quelque sorte) prenait le contrepied et appelait à voter Non. Reste que le principal argument du secrétaire général, et de tout le bureau confédéral à sa suite, s’énonçait en substance ainsi : la CGT a trop pâti, dans le passé, de ses prises de parti sur le terrain électoral, il faut désormais s’abstenir de toute consigne. Et ce, alors même qu’il ne s’agissait nullement de soutenir un candidat ou un parti, mais de répondre par Oui ou par Non à une question sur l’avenir du pays.
Il fallait donc, en 2005, ne pas s’engager contre le traité constitutionnel (alors que la CGT avait été particulièrement active pour le Non au traité de Maëstricht) ; mais en 2012, il convient de faire battre le président sortant. La Constitution d’une Europe fédérale était-elle donc moins nocive que Nicolas Sarkozy, qui en avait pourtant été l’un des plus chauds défenseurs – avec François Hollande ? On cherche la cohérence.
Et on pourrait bien la trouver, hélas."
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