Il est bon de temps en temps de rappeler que la solidarité avec les peuples colonisés à certes été un des moments de la conscience conduisant de grands intellectuels à prendre parti mais à été d'abord un travail de fourmi de tous les jours plein de risques et de répression pour ceux qui s'y engagèrent. Du blocage des ports et des trains en métropole aux actions de solidarité, les manifestations les communistes, la CGT a été présentent et active. L'engagement dans les mouvements de libérations où les communistes ont pris leur part, une part conséquente au point de faire parti des guilotinés de Mitterrand.
Peu ou pas de rappel dans l'histoire officiel et ses programmes de l'action des appelés du contingent contre les généraux félons.
Il est vrais que la victoire du contingent est celle d'une armée républicaine de conscription contre une armée de mercenaires et la défaite d'officiers supérieurs factieux qui disposaient de complicités jusqu'au plus haut niveau de l'état, jusque dans le conseil des ministres de De Gaulle.
Le texte qui suit est la contribution de l'ami Tourtaux.
Jacques à l'occasion d'une vente signature de ses livres a parlé de l'action du contingent qui mis
en échec le putsch des généraux factieux. Il dit peu qu'il a été à un poste des plus exposé pour combattre la sédition. Voila le texte de son exposé. En le lisant vous comprendrez pourquoi La
canaille vous informe aussi souvent que possible de ses tribulations avec ses bouquins pour que vous puissiez ne pas le louper. Vous avez à la fin de son texte l'adresse où le joindre pour passer
commande et celle de son blogue pour partager ses coups de gueule qui sont au moins aussi tonnant que ceux de La Canaille...qui vous souhaite bonne lecture et vous salut bien
.
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Je
n'interviendrai que sur mon vécu de la Guerre d'Algérie.
Il ne faut pas s'attendre à trouver dans mon livre d'extraordinaires histoires de combats
héroïques.
Adolescent, je me suis engagé politiquement avec le PCF, c'était en1958.
Dans la foulée, en 1959, avec quelques camarades, nous avons créé un cercle de l'Union des Jeunesses Communistes de France (UJCF) dont je devins le Secrétaire. Comme tous les militants
communistes de l'époque, nous dénoncions la guerre coloniale menée en Algérie, en notre nom, par De Gaulle.
Cet ouvrage est écrit par un ouvrier, un autodidacte. J'y relate dans le
jargon du bidasse un vécu très dur.
Il ne faut pas s'attendre à y voir l'érection d'une statue glorifiant
l'armée française.
Mon témoignage est un hommage à la poignée de soldats
anticolonialistes qui, malgré les risques encourus, se sont battus clandestinement contre la guerre.
Notre combat clandestin avait pour but de faire prendre conscience aux
autres soldats moins politisés, que cette guerre était inutile et sans issue.
Notre travail a fini par payer puisque lors du putsch des généraux félons,
en avril 1961, les bidasses n'ont pas suivi les factieux et ont fait échouer la folle aventure de ces généraux et autres hauts gradés carriéristes, grassement payés pour faire tuer des
pauvres gus sur l'autel du capitalisme.
Les bidasses tombés sur cette terre lointaine ne sont pas morts
pour la France comme on veut le faire croire mais uniquement pour les tenants du fric . Il en est ainsi pour toutes les guerres.
Ce livre dénonce les violences, les sévices subis en notre qualité de
militants anticolonialistes, jeunes communistes pour la plupart. Ces sévices, des raclées terribles, étaient perpétrées par des gradés.
Après 40 années de militantisme au PCF, la mort dans l'âme, j'ai quitté
celui-ci. Je suis toujours profondément communiste, envers et contre tout. Je n'accepte pas les graves dérives qui ne correspondent plus à l'idéal pour lequel j'ai donné le meilleur de
moi-même.
Bien que n'ayant pas l'esprit cocardier, j'ai assumé d'importantes
responsabilités au sein de deux associations d'Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ACVG) mais je n'ai jamais pris la grosse tête pour autant. J'ai toujours refusé que me soit remise la
croix du combattant de la Guerre d'Algérie car ce serait accepter un insigne incompatible avec mon idéal communiste.
Je disais donc qu'avec le parti ( PCF) et notre cercle de l'UJCF, nous
menions à notre modeste niveau, une lutte acharnée contre la Guerre d'Algérie.
En 1960, à deux reprises, j'ai refusé de répondre aux convocations pour le
conseil de révision, à Rethel, puis au chef-lieu du département, Mézières (Ardennes). Peu de temps après, les gendarmes sont venus me trouver sur mon lieu de travail. Après m'être fait traiter de
forte tête, promesse me fut faite d'une incorporation directe en unités disciplinaires où j'allais me faire "mater à coups de poings dans la gueule et à coups de pieds au
cul".
Le 16 septembre 1960, les gendarmes sont venus me chercher et m'ont emmené
menotté et tenu en laisse comme un chien. A la vue de tous, j'ai ainsi traversé la ville pour me rendre à la gare où les gendarmes m'ont emmené faire mes trois jours à
Commercy.
Ma lettre de refus d'aller combattre le peuple Algérien était prête. J'en
ai parlé à un de mes oncles, militant cheminot à la CGT et au PCF. Celui-ci m'a vivement déconseillé ce refus. Je produis dans mon livre la copie de sa lettre datée du 4 août 1960 dans laquelle
il me dit son désaccord. Mon oncle m'écrivait que les actions individuelles n'étaient pas payantes. Les sanctions étant trop fortes pour ce genre d'actions. Mon oncle, militant communiste
de longue date, pensait au contraire, qu'il fallait entrainer le plus de jeunes possibles dans l'action contre la Guerre d'Algérie. Militer contre la guerre à l'intérieur de mon unité afin
d'aider à une prise de conscience des jeunes appelés qui pour la plupart n'étaient pas politisés comme l'étaient les soldats communistes.
Le dirigeant communiste Etienne Fajon disait : "Résolument opposé à la
guerre injuste d'Algérie, notre parti, qui comprend le drame de conscience de chaque jeune communiste, n'a jamais considéré la désertion comme un moyen d'action susceptible de mettre un terme au
conflit. Il est toujours demeuré fidèle au contraire, au principe éprouvé défini par Lénine : le soldat communiste part à toute guerre même si elle est réactionnaire, pour y poursuivre la
lutte."
Selon Jean Brugié, dans son livre "Officier et communiste dans les guerres
coloniales", les consignes nationales du PCF étaient : "Les communistes se doivent d'être présents sur tous les terrains de combat de classe"... "Ils doivent être les
meilleurs."
Le 30 novembre 1960, Maurice Thorez, Secrétaire général du parti, prononce
un discours dans lequel il déclare notamment : "Non, la voie n'est pas à l'insoumission, la voie reste celle que nous a inculquée Lénine...
C'est le travail de masse mené à l'armée, surtout à l'armée, pour combattre
la guerre... Déserter, quitter l'armée, cela signifie laisser la masse des soldats...... aux mains des officiers parfois fascistes, aux mains des ultras...
Le devoir, c'est de travailler, c'est de faire le travail difficile, le
travail pénible, le travail qui exige des sacrifices, qui coûte parfois des années de prison aux jeunes soldats"... ce travail de l'ombre comporte de véritables
risques."
Durant toute la durée de mon service militaire, j'ai pu constater que peu
nombreux furent les jeunes communistes qui se sont risqués à militer à l'intérieur de leur unité, en Algérie, où il y avait la guerre, ne l'oublions pas.
Nous ne serions pas 300 à s'y être engagés sur l'ensemble de tous les
conscrits incorporés, qui se sont succédés en Algérie du 1er novembre 1954 au 3 juillet 1962 J'ajoute et c'est tout à leur honneur, qu'il y a eu aussi des officiers de carrière qui étaient
communistes, qui se battirent à leur façon, sur des positions de classe mais ils furent peu nombreux lors de la Guerre coloniale menée par la France, en notre nom, en
Algérie.
J'ai donc été incorporé direct en Algérie dans une compagnie
disciplinaire pour y effectuer mon CI (Centre d'Instruction). Ce fut un CI très dur.
A l'intérieur du camp de Oued-Smar, une prison interarmes qui était un
bagne militaire où les soldats internés y subissaient des sévices graves tels les tabassages, certains entrainant parfois l'hospitalisation. Les soldats détenus dans "La Villa", c'est ainsi qu'on
l'appelait, étaient pour la plupart des gars du contingent. J'ajoute qu'il y avait promiscuité entre les soldats appelés internés politiques et les appelés de droit commun. ll faut savoir
qu'un gus pouvait se trouver interné pour un simple défaut de cravate.
Pour ma part, j'ai été interné dans ce bagne une semaine durant. J'ajoute
que le bidasse qui y a été détenu, ne serait-ce qu'une seule journée, en est marqué de manière indélébile pour toute sa vie.
L'an dernier, un de mes lecteurs, ancien de la Section de Protection (SP),
voisine de la prison-bagne, qui y a été interné une journée, m'a téléphoné. Je fus frappé des "détails" dont il se souvient, bien qu'il n'ai séjourné qu'une journée au bagne de
Oued-Smar.
Nous terminions nos classes et allions être mutés dans nos unités
respectives lorsque dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, éclata le putsch des généraux factieux. Je voudrais rappeler que nous n'avons pas attendu après De Gaulle pour
réagir.
Lorsque celui-ci s'est exprimé à la télévision, nous étions déjà en refus
d'obéissance.
Le fer de lance du putsch des généraux félons en était le 1er Régiment
Etranger de Parachutistes (1er REP), celui-là même qui, alors qu'il était en fuite, le 26 avril 1961, entre Maison-Blanche et Mouzaïaville, vit ces hommes ouvrir le feu à l'arme automatique sur
d'autres soldats de l'armée française.
Les soldats qui se firent allumer par ces mercenaires étaient des
gus du contingent dont je faisais partie; nous étions moins d'une quinzaine. Les "courageux" soldats d'élite du 1er REP fuyaient lâchement. La débandade !
Je fus muté dans un secteur chaud de la Mitidja, près des gorges de la
Chiffa, que connaissait bien le camarade Henri Alleg. Dans son ouvrage "Prisonnier de guerre", Henri Alleg écrit ... la traversée des gorges de la Chiffa où les attaques de l'ALN sont
quotidiennes ..."
Avec deux camarades communistes appelés, je militais clandestinement au
sein de mon unité contre la guerre. J'ai été dénoncé et immédiatement embarqué en avion pour une destination inconnue, sous escorte armée, comme un gangster. Je fus affecté comme artificier dans
une soute à munitions (SMU).
Mon travail y était celui d'un forçat. L'armée m'a toujours gâtée,
particulièrement choyée.
A titre d'exemple, j'ai, entre autres, été contraint d'effectuer quatre
patrouilles, dont une de nuit, c'était un dimanche de l'hiver 1961, sans munitions dans la MAT 49. Les chargeurs étaient vides. Je vous prie de croire qu'il faut avoir vécu de telles
intenses émotions pour en connaître le réel ressenti. La peur est indescriptible.
Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que je suis rentré en métropole
traumatisé, marqué à tout jamais par cette guerre coloniale que je combattais en tant que jeune communiste et dont je fais encore des cauchemars.
Sur conseils de responsables d'une des deux associations au sein de
laquelle je militais, j'ai intenté un procès à l'Etat Français pour blessure et maladies contractées lors de la Guerre d'Algérie. En première instance, j'ai gagné un très gros procès qui
aurait pu faire jurisprudence et bénéficier ainsi à des milliers de gus justiciables mais hélas, ma joie fut de courte durée.
Le Secrétaire d'Etat socialiste aux ACVG du gouvernement de la gauche
caviar, a fait appel de la décision du Tribunal des Pensions d'Invalidité de guerre qui m'était très nettement favorable.
Ce ministre n'est autre que l'actuel Président du Conseil régional de
Lorraine : Jean-Pierre Masseret, membre du parti socialiste.
Je précise que j'ai mené cette bataille face aux juridictions et à
l'Etat dans un but revendicatif. Je l'ai écrit dans un courrier daté du 19 juin 1997, adressé au sieur Masseret.
Je suis dans l'impossibilité de me soigner correctement. L'appel assassin
du ministre socialiste Jean-Pierre Masseret, me prive de mon droit légitime à me soigner, spolie ainsi également d'autres nombreux anciens bidasses, qui ne peuvent accéder aux soins
gratuits que leur aurait permise la pension dont nous a dépossédé ce ministre socialiste.
En 2009, j'ai publié un petit livre qui est un prolongement de "ma" Guerre
d'Algérie. Je veux montrer que la justice de classe qui a frappé et persiste toujours à l'encontre des jeunes communistes rebelles de la Guerre d'Algérie notamment, est la même que celle
qui frappe les travailleurs qui défendent leurs emplois en se battant sur des positions de classe et sont traînés devant les tribunaux de cette même justice de classe, tel mon camarade et ami
Xavier Mathieu.
JacquesTourtaux
AppeléAnticolonialiste
en Guerre d'Algérie
jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/
Jacques dans un message me précise :
"J'ai reçu ce samedi un témoignage d'un ancien détenu du bagne de Oued-Smar. Ce camarade qui vient de me commander mon livre, me précise qu'à l'époque où il fut incorporé, il était marié et papa d'une petite fille qui vient d'avoir 51 ans ce 22 mai, jour de l'envoi de son courrier.
Ce type de témoignage est très rare, les personnes ayant subies des sévices infligés par des gradés n'osent pas en parler, bien souvent de crainte de nuire à leurs enfants et petits enfants.
Ce camarade écrit, je cite :
"qu'il a "longtemps recherché des témoins pour dénoncer ces actes odieux sur de simples appelés.
Je suis certain d'avoir beaucoup d'émotion à te lire et du plaisir à la fois de partager ce que nous avons vécu loin de nos chères familles."
j'ai été très marqué par ce séjour de 15 jours au bagne de OUED-SMAR, régime très sévère de la part du chef tolard qui nous humiliait, sans compter les coups et les brimades continuelles."
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