On se souvient de cà :
N'oublions pas que De Gaulle c'est aussi cela
Au risque de déplaire, je ne suis pas plus gaulliste aujourd'hui que ce jour de juin 68 où je me suis retrouvé avec une mitraillette sur le ventre parce que les CRS laissés à Paris par le général parti en cure de légitimité à Baden Baden prétendaient interdire l'usage du terrain de foot qu'ils avaient décidé d'occuper aux jeunes du quartier, lesquels à juste titre le considérait comme leur.
D'autant que pour ma génération, les blessures de la guerre d'Algérie n'avaient pas cicatrisé, nombre de gamins de ma classe avait un frère qui avait fait ses 36 mois dans les Aurès ou ailleurs pour un ou deux d'entre eux sans retour et les souvenirs des rafles, des matraquages, celui de Charonne étaient plus que vivaces.
Est-ce pour autant qu'il faille rejeter en bloc ? Non bien sûr. Sa rupture forte et brutale d'avec la majorité de sa classe et sa caste jusqu'à l'opposer à Pétain qui fut son mentor demande de relativiser le propos.
Surprenant que personne ne rappelât opportunément qu'il fut partisan du respect des accords militaires avec l'Espagne et qu'il dénonça l'abandon de la République espagnole non pour des raisons républicaines mais par refus de l'encerclement de la France par les force de l'Axe, portant déjà en cela sa conception de l'intérêt national contre l'ambassadeur de France auprès de Franco (Pétain) et le gouvernement de Front Populaire.
Surprenant encore que son refus de Munich et sa colère devant l'abandon de la Tchécoslovaquie par Daladier et Chamberlain ne soit pas plus portée comme constitutif de ce qui fera d'un général de brigade à titre temporaire un des premiers condamnés à mort par contumace et un des symbole majeur hors de la métropole du refus de la défaite programmée et de la collaboration.
Peut-être une des clefs de décryptage est-elle volontairement cachée depuis 40 ans par les tenants de la pensée officielle. Cette partie de la droite que par commodité il est possible de qualifier "d'école Bernanos", quand dès le putsch franquiste porté par TOUS les fascismes européens, elle a fait le choix d'un humanisme certes traversé par un esprit conservateur voire réactionnaire mais frontalement opposé à l'école pétainiste de la primauté de la haine de classe sur l'intérêt national. Là sera le terrain de la convergence telle que Mauriac la magnifiera porteur de la vision des siens, qu'Aragon portera avec la Rose et le Réséda et toute cette grande Diane Française. Ce clivage n'est pas totalement refermé même si les baumes du CAC 40 et trente ans de privatisations dénationalisations ont détricoté la tunique du Conseil National de la Résistance et ont permis aux "200 familles" de bien cicatriser leurs plaies.
Mais aussi naissance de l'ambiguïté qui fera que le souvenir du combat commun pourra être occulté par la monté des pratiques nouvelles imposées par un capital surmontant sa défaite grâce à l'aide de la cohorte de ses gérant loyaux et se refaisant la santé à coup de financements publics. Habileté de De Gaulle à financer tout cela au nom des principes partagés de la souveraineté politique et économique mâtinée d'ambition à forte teinte nationaliste qui reconstruira la convergence devant l'arrogance de l'impérialisme anglo-saxon des USA et de l'empire britannique.
Les hommes dont il s'est entouré dès 40 portaient cette contradiction. Au côté de progressistes, de syndicalistes de la CGT, d'authentiques démocrates, d'hommes de la tempe de Jean Moulin ou de Jean Cassou et d'autres se trouvaient des représentants de la fine fleur de la réaction, des activistes de la Cagoule avec des conséquences dramatiques pour la Résistance avec les rétentions sélectives de parachutages d'armes jusqu'à la tragédie du Vercors (Relire les mémoires de F Grenier et de Ch. Tillon). La lecture des mémoires de Daniel Cordier qui fut le secrétaire de J. Moulin éclaire ces moments. Cette dualité persistera après le coup d'état de 58 qui le ramènera au pouvoir jusqu'au noyautage de son régime par l'OAS et son acceptation dans son environnement de gens comme Papon ou Bettencourt et quelques autres de la même façon que Mitterrand préservera son compagnonnage avec Bousquet.
Lire De Gaulle sans utiliser le prisme capable de décomposer la lumière politique pour y faire apparaître la nature de classe des évènements conduit à des raccourcis ouvrant sur de stupides hagiographies ici, à des impasses là. Ni l'histoire ni la réalité du personnage n'en sortent grandies et pourtant les faits énoncés montrent qu'il y a tant de valeurs bien plus grandes dans cet homme ses contradictions ses limites que dans un député votant les pleins pouvoirs à Pétain ou dans un homme politique décoré de la francisque, guillotineur de patriote algérien complice des pacifications au lance flamme et se prétendant incarnation de la gauche.
Ce point d'accord non exprimé et pour cause par le Général mais continuités de sa vision des choses, à l'examen des "élites" d'aujourd'hui, sa stigmatisation des médiocres et du parti de la corbeille. On ne peut que s'interroger sur la dimension gaulliste de tous les prétendants qui se bousculent sur les estrades pour capter l'héritage.
Oui voila pourquoi anti gaulliste réfléchi, La Canaille se refuse à tomber dans le manichéisme.
Les ressorts de la dialectique sont là encore d'excellents outils pour observer et chercher à comprendre les choses.
Et n'oublions pas aussi cela:
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