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Canaille le Rouge, son c@rnet, ses p@ges.

Espace d'échanges, de rêves, de colères et de luttes. Alternative et horizon communiste. point de vue de classe.   Quand tout s'effondre, ce n'est pas aux causes des ruines de gérer le pays mais à ceux qui sont restés debout.

Gare de Bobigny, enfin. Mais une colère persiste et domine.

Publié le 25 Janvier 2011 par canaille le rouge in Mémoire et Histoire

 

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L'ex gare de Bobigny vient d'être dédiée officiellement comme lieu de mémoire de la déportation ce 25 janvier. Un lieu où une histoire dramatique traversée par de grandes luttes populaires, un des haut lieux de la résistance cheminote. On a envie de dire enfin.

Ce n'est pas dans un espace préservé d'une foule d'arrières pensées que cette dévolution c'est faite

L'acte, attendu et légitime est plus que louable. Il répond à un besoin de mémoire, à une reconnaissance historique. Rappelons que nous sommes aussi à deux pas de Romainville, de Pantin et son quai aux bestiaux, près de la citée de la Muette, Drancy.

Félicitons nous de cette initiative. Souhaitons aussi , l'exemple venant de haut, que cela calme le zèle qui a pu exister çà ou là dans certains établissements de la SNCF de profiter de certains travaux de modernisation pour faire disparaitre ou du moins écarter des regards les plaques rappelant les sacrifices des cheminots résistants.

Acte important d'autant plus à remarquer que dans la même période toute une littérature est éditée, des procès sont engagés pour réhabiliter les industriels, les hauts fonctionnaires, les intellectuels de la collaboration. Engagé il a quelques mois à propos de Marius Berliet, cela continue ces jours ci avec Louis Renault. Ces deux industriels ayant mis leurs usines au service de l'occupant et ayant participé de trés près à l'encadrement répressifs de tout ceux qui tentèrent de s'y opposer. Ils ne furent pas les seuls mais furent en pointe tout comme quelques autres, si nombreux que De Gaulle en 44 refusa de les trier tant le tri aurait remis en cause la pérennité du système.


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Un début de 21ème siècle marqué par cet environnement tumultueux concernant les débats sur la répression antisémite. L'offensive engagée par quelques grandes plumes s'adossant à la famille de Pascal Jardin contre celui-ci qui dénonce le rôle de son grand père, lequel fut chef de cabinet de Laval et donc associé à la Rafle du Vel D'hiv, comme la volonté de réhabiliter divers acteurs économiques politiques à l'image de Schuman (Robert) ministre du premier gouvernement de Pétain et "père de l'Europe" dès les années 50. Ou encore ces jours ci Céline. L'ensemble de ces faits montre le caractère de la campagne, ses racines et l'origine de ses commanditaires.

Il fallait ce geste à Bobigny. Il fallait rappeler ce qui s'y commit de monstruosités, dire quel outil et comment, surtout pourquoi, le train, y fut mis à contribution. C'est ce que personnellement sans trop y croire j'espérais.

Et pour cela, le discours de G Pepy fait problème. Il balaie d'un revers de parapheur ce que sur sa demande et celles des organisations de déportés et de résistants nombre d'historiens dépouillant archives et témoignages ont produit. Cela pour éviter d'aller dans le sens de leurs travaux. Laissons de côtés la question des implications commerciale, elle fait partie du débat mais n'est pas et de loin la question principale. (voir ici  :  SNCF et contrats TGV aux USA, grosse colère !!)

Posons nous plutôt celle-ci : Pourquoi maintenant, surtout de cette façon là, en ce lieu là poser la question des trains de la déportation à la SNCF ou plutôt pourquoi la reposer alors que les historiens ont produit ces éléments d'explication, qu'ils ont montré qui était responsable et pourquoi dans l'entreprise ? Quelle réponse cherche-t-on apporter et pourquoi ?

Pourquoi cristalliser sur la SNCF ?

L'auteur de ses lignes peut légitimement se poser la question : ses grands parents arrêtés par la gestapo on été emmenés à Drancy avant de partir vers les camps pour ne pas en revenir. Mais d'autres membres de sa famille ont été arrêtés par les gendarmes français, remis à la police française qui les a emmenés dans des bus de la TCRP jusqu'à Compiègne avant d'être déportés. Pourquoi dès lors ce traitement politique spécifique pour la SNCF ?

Poussons la réflexion : Condamne–t-on la Marine et ses D'Estienne d'Orves pour avoir eu Darlan ? A-t-on ou pas décoré la police parisienne qui a hébergé des mois de tortures durant, dans ses murs, les sinistres Brigades spéciales des RG, police qui travaillait avec ces BS et qui malgré des individualités très courageuses raflait en masse pour le Vel d'Hiv? Qui aujourd'hui demande des comptes à Kessler ou Parisot parce que Pucheux occupa leur fauteuil ?

Une profession et ses réprimés en masse, son mouvement syndical décapité famille comprise, qui n'a pas une de ses gares sans fusillés ou déportés doit-elle partager la honte d'un Fournier président responsable de l'association des biens aryanisés ou d'un Bichelonne et leurs sicaires ?  

Et si l'objectif, comme au billard à trois bandes était ailleurs ?

Il y a l'affichage extérieur et l'usage interne à l'entreprise, la culpabilisation escomptée devant le monde pouvant aider une direction en difficulté à justifier une gestion affligeante pour le pays en détournant le débat et à enfoncer des coins pour tenter de reprendre la main.

Cette opération se déroule dans d'un environnement idéologique où les tensions sont majeures, où la logique qui pilote la SNCF contre l'avis de ceux qui l'ont reconstruite, ceux qui ensuite l'ont porté à ce niveau de technicité et d'efficacité, de ceux qui malgré les attaques en règle venant des choix politiques de la direction s'escriment à la faire bien fonctionner, la conduit droit dans le mur.

L'offensive contre les privatisations des services publics, le laminage les acquis sociaux s'intensifient. Les résistances à ces destructions persistent, s'aiguisent même et singulièrement parmi les cheminots, la population les comprend et les soutient. Ces résistances ont comme ciment un certain nombre de valeurs qui s'articulent autour du pacte républicain tel que construit à partir de la Libération, de la place d'un syndicalisme combattif de classe gardant un caractère de masse conservé et relancé dans ces batailles.

Depuis quelques mois des campagnes pour dénier aux cheminots résistants la place qui a été la leur dans les combats de la libération se sont accumulées. Un objectif émousser le lien entre l'histoire de la SNCF sa reconstruction réussie malgré la faillite de classe de ses élites chassées de l'entreprise (pas tous).

Pour dénier toute citoyenneté aux acteurs des services publics il faut retirer à l'encadrement politique de sommet l'exclusivité prouvée de cette souillure ineffaçable. Les travaux des historiens, de tous les historiens, même les plus conciliants avec les états majors successif de la SNCF, et même jusqu'au sein même de ces états major cela jusqu'à une période récentes montre cette responsabilité, la localise et explique cette localisation. Or jusqu'à présent la mémoire dans l'entreprise, les liens sociaux entre actifs et retraités d'une profession où ces attaches sont fortes, diverses et capillaires dans un corps social généreusement présent dans tous le pays font obstacle à l'élimination des ancrages de citoyenneté. Ils s'opposent à la "stratégie managériale" du "comité stratégique" de la SNCF.

Pour "manager", les "manageurs" doivent s'affranchir de cette culture du service public. Dit autrement, pour commander, le statut des commandants doit pour justifier leur statue de commandeur ne pas avoir, dit de façon triviale, de …gamelles au cul.

Et la collaboration structurelle des élites des transports ferroviaires de l'époque portes ces gamelles de façon imprescriptible même si d'aucuns des responsables ont su évoluer dans un élégant télémark idéologique et (ou) relationnel pour glisser sur les pentes de l'épuration sans tomber dans les ravins de l'infamie qu'ils méritaient amplement. (Pour ceux qui veulent disposer d'une étude assez exhaustive sur le sujet, me contacter)

Euréka se sont dit les penseurs de la guerre idéologique qu'ils mènent aujourd'hui dans l'entreprise : "Comme il est impossible de retirer la flétrissure, répartissons là pour diluer la lisibilité de sa nature de classe, et concernant l'état major de la SNCF dans les années de l'occupation, sa nature de caste" (qui redevient la norme aujourd'hui). Voila se sont ils dit, avec cette question du marché TGV aux USA une superbe opportunité.

Notons, malgré ce débat qu'ils portent, qu'aussi bien au comité stratégique que parmi les lobbyistes de la culpabilité cheminote aucune interpellation ou explication sur le fait que dans le mêmes moments  la SNCF abandonne son système industriel d'information, commercial et de gestion à IBM, le fournisseur des outils administratifs de gestion de masse de la sélection, du travail forcé et de l'extermination des déportés politiques et "raciaux".  Déportés qui ont été massivement mis à disposition entre autre de Siemens, qui y a massivement puisé pour l'effort de guerre et les dividendes des caciques du IIIème Reich et à qui rien n'est demandé par les honorables parlementaires des deux côtés de l'Atlantique concernant le passé farouchement nazi de la firme. 

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Nous somme devant une réponse façon direction SNCF de l'imprécation de D Kessler demandant à Sarkozy d'arracher la mémoire du Conseil National de la Résistance. Déstabiliser la SNCF en s'en prenant à l'histoire en la tordant pour la récrire fait partie de ce révisionnisme indispensable au capital pour se donner de l'air afin de faire passer ses projets. Et Pepy donne des gages.

Le passé de la direction de l'entreprise décrédibilisant les démarches que l'actuelle tente d'engager, l'ensemble du paysage idéologique évoqué ici permet d'y voir avant tout une opération de déstabilisation du corps social des cheminots en interne et une opération forte pour couper un lien affectif, organique entre la population et son service public pour permettre à une direction en difficulté de pousser les feux d'une reprise en main idéologique jusqu'ici mise en échec.

Ce n'est pas par hasard que cela ait été réalisé à Bobigny, là ou la mémoire est vive, l'ancrage cheminot très fort.

Pepy à choisi délibérément de frapper là où il savait que cela pourrait faire mal. Il s'est souvenu des maitres de ses apprentissages à Science Po et à l'ENA, de son passage au conseil d'état. Il a agit en grand commis du Capital. 70 ans après, les mêmes maîtres puisent toujours dans leur réservoir de valets.  

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