Cher Clément
Si tu voulais faire un travail sérieux dans cette affaire limpide qu’est la mort du petit Mohammed à Gaza le 30 septembre 2000, tu traverserais le couloir et viendrais demander des
explications à la direction de l’Info de la rédaction sœur à France 2. Tu m’appellerais ou profiterais de l’occasion d’un de mes passages à Paris pour me rencontrer. Tu pourrais aussi
faire les choses à fond. Venir à Jérusalem au bureau de France 2 (Je t’assure que tous les confrères de France 3 sont les bienvenus !), tu assisterais pour la première fois au travail du
correspondant à l’étranger. Tu pourrais même aller à Gaza enquêter sur place, interviewer Talal Abou Rahmeh, Jamal A Dura et tous les témoins. Avec ton passeport français tu passeras sans
problème.
Mais veux-tu affronter la réalité ? Etre correspondant à Jérusalem cela signifie, après un attentat suicide, appeler hystériquement les enfants, l’épouse, les amis pour vérifier s’ils
n’étaient pas sur les lieux de l’explosion. C’est contempler la mort, les corps déchiquetés étendus sur le sol, la douleur des blessés. Le deuil. Filmer les accrochages en Cisjordanie.
Entendre les balles siffler. Non, les affrontements ne sont jamais mis en scène. Cela veut dire être dans Gaza pendant une frappe aérienne israélienne. Assister au transport des enfants
blessés à l’hôpital Shifa. (...)
Cela dit, il est quand même curieux qu’un rédacteur en chef adjoint de France 3 (qui instruit depuis des années le procès en déontologie de nombreux confrères), s'abrite courageusement
derrière un pseudo pour attaquer publiquement un journaliste et la rédaction d'une chaîne appartenant au même groupe que lui.
Ce journalisme n’est pas le mien.
Charles Enderlin
L’affaire aurait pu en rester là. Sauf que Clément Weill-Raynal a fait parler de lui pour un autre texte, publié sur son blog, « Quand France Inter “crache” sur
les Juifs à la veille de Noël » suite à la diffusion, le 22 décembre, d'un reportage de Frédéric Barreyre, correspondant de la station à Jérusalem. Dans ce texte, il
accusait la« radio d’Etat » de reconduire la tradition des pogroms. Un texte brandi par la Ligue de défense juive, groupuscule d’extrême droite, lors d’une descente musclée
dans les locaux de France Inter, le 6 janvier dernier. Scandalisée, la société des journalistes de la station a rédigé un communiqué et pris contact avec celle de France 3.
Pour Yann Faussurier, membre de la SDJ de France Inter, « il y a un sentiment de malaise au sein des rédactions, d'autres que lui ont été placardisés pour beaucoup moins que ça ! On
peut ainsi se demander : lorsqu'il nous attaque, est-ce le simple citoyen ou bien le rédacteur en chef adjoint de France 3 ? »
Cette fois, Clément Weill-Raynal s’est vu convoquer par sa direction, qui lui a rappelé le règlement concernant les collaborations extérieures : demander une autorisation écrite, signer de
son nom et ne pas nuire à l’image de l’entreprise. « Nous veillerons au respect de ces règles. Dans le cas contraire, nous prendrons les mesures nécessaires », assure
Pascal Golomer, nouveau directeur de la rédaction nationale.
Clément Weill-Raynal, de son côté, persiste au nom de sa « liberté d’expression ».Contacté par téléphone, il assume : « Je revendique le droit pour tout journaliste de
critiquer le travail de ses confrères. Beaucoup d'organes de presse ne s'en privent d'ailleurs pas. Je songe notamment au Canard enchaîné ou
à Marianne ». Et n'hésite pas à se référer au cas du journaliste Eric Zemmour : « France Info a diffusé il y a quelques jours l'interview complaisante
de son entarteur. Le présentateur de France Info a poussé le zèle en invitant les auditeurs à aller consulter la vidéo de l'agression disponible sur le site de la radio publique. Cette vidéo,
ainsi que l'interview de l'agresseur, est toujours disponible. Pourquoi une telle complaisance face à l'agression physique d'un confrère ? Est-ce parce que Zemmour est de droite ? Je constate
en tout cas que la SDJ de France Inter est plus émue lorsque on lui porte la contradiction sur une radio juive que lorsque un journaliste du Figaro est victime de
violences. »
Le verdict du procès opposant le père de Mohammed Al-Dura à Clément Weill-Raynal est attendu pour le 29 mars. Quant-à Charles Enderlin, il lui a déjà répondu point par point dans son dernier
livre, Un enfant est mort.
(1) Les images montraient la mort de cet enfant palestinien, tué par balles alors que son père tentait de le protéger lors d'échanges de tirs entre les forces de sécurité
palestiniennes et l’armée israélienne, deux jours après la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées de Jérusalem le 30 septembre 2000.
Comme la lutte anticolonialiste se mène sur tout les terrains de l'inteligence humaine, notez que la
remise du prix Maurice Audin 2010 sera remis officiellement le 08 mars 2011
à 14 heures à la Mairie de Paris, 3-5 rue Lobau.
lien
pour acceder au site des amis de M audin :link
La Canaille mais certainement d'autres auront l'occasion de revenir sur Maurice Audin,
mathématicien, militant communiste algérien enlevé et assasssiné par l'armée coloniale française.