Pour cadrer le propos, une citation :
"Quand on loue sa terre, qu'on place ses capitaux, quand on reçoit un salaire pour son travail, on vend le service rendu pendant un certain temps par ces divers agents de la production, et l'on renonce aux droits qu'on avait à leurs produits. Leurs produits appartiennent alors à l'entrepreneur qui a acquis leurs services productifs."
Jean Baptiste Say (Industriel et économiste)
Traité d'économie politique, 3ème édition, 1817
Question dans l'air du temps. Faut-il taxer les marchés, les profits spéculatifs?
Cette revendication qui semble frappée du coin du bon sens est-elle LA solution, qu'une solution, ou un piège?
La façon de poser la question semble porter la réponse et pourtant ce n'est pas si simple.
Cela ne dépend pas que de la question mais aussi de qui la pose. La réponse ne sera pas la même selon qu'on doit réagir dans l'instant revendicatif et au besoin d'oxygéner un corps social suffoqué par la pression spéculative ou pour proposer une solution de rupture voulue définitive avec la logique du système qui porte par nature cette situation asphyxiante.(précision au texte apportée le 26 mai)
Le constat de départ : l'enfoncement dans la crise est lié consubstantiellement au déplacement vers le capital du curseur indiquant la répartition des richesses entre le capital et le travail.
En une dizaine d'années ce sont plus de dix pour cent de cette richesse exclusivement créée par le travail qui ont été sortis de l'espace de consommation immédiate et ont été accumulés comme capital pour glisser dans le camp de l'accumulation et de a spéculation et sont aller surfer, s'éclater, exploser et sombrer dans les espaces réservées aux marchés financiers et spéculatifs.
Les 90% d'actifs de notre pays qui produisent 100% de ses richesses se voit disposer que de moins de 60% de celle-ci, le reste allant au capital possédé par moins de 10% de l'ensemble de la population.
Au passage cela tord le cou à l'idée fausse de la restriction de la croissance pour trouver une issue puisque c'est la diminution de la croissance matérielle imposée, la captation des richesses pour la croissance financière et spéculative qui entretient et aggrave la crise. C'est d'une autre croissance calée sur la réponse aux besoins vitaux et humains qu'il faut imposer et la question de départ y trouve toute sa place.
De même que le mouvement syndical est pertinent quand il exige que les conditions réglementaires d'organisation du travail soient garanties, il est dans son champ de compétence quand il exige que la répartition des richesses produites soit modifiée en volume et en composition pour les salariés. Sa réponse est-elle pertinente, elle?
Taxer les marchés, les profits spéculatifs ou non peut-être une réponse. Sa pertinence à des limite: elle est fonction de la nature de ce que l'on perçoit du moment où cela se produit dans le circuit de production des richesses, de ce qu'on fait des taxes perçues.
Si la question dans l'air du temps. Faut-il taxer les marchés, les profits spéculatifs? L'air du temps ne porte-il pas les vents des idées reçues?
Ceux qui nous proposent cette solution, le savent bien, une taxe en droit fiscal ne peut être affectée. Elle entre dans les caisses du collecteur (état, UE, Régions ou collectivités territoriales de proximité démocratiques comme la commune ou le département) et se dilue dans les moyens budgétaires et leur affectation.
C'est ainsi qu'une telle taxe si elle aide au plan de l'UE à sortir les comptes de la Grèce du rouge en remboursant les agioteurs, elle ne réglera pas les choix politique imposés au peuple grec.
Le gouvernement français peut s'en servir pour fictivement combler le trou qu'il a creusé avec ses choix et donc laisser fonctionner le tonneau des Danaïdes posé sur le bouclier fiscal tout en finançant l'arsenal militaire et maintenir les dégrèvements de cotisations sociales pour le capital.
Or si comme nous l'avons vu tout réside dans le déplacement du curseur, la proposition de taxation venant de la part du syndicalisme ne déplace pas le curseur pour le travail mais maintient les richesses concernées dans la sphère "capital-état capitaliste" et alimentera même la demande du capital d'accélérer le glissement en sa faveur.
Pourquoi, si on veut soustraire des moyens à la spéculation, ne pas exiger, rassembler et organiser l'intervention pour une augmentation massive et immédiate des salaires qui, part salariale et part prélevée à la source dans l'entreprise donc toujours produites par les salariés et jamais par la moindre gouttelette de transpiration un administrateur, abonderait aussi la protection sociale, relancerait la consommation et donc l'activité économique et garantirait un véritable usage vertueux des richesses produites?
Les administrateurs ont des suées: en lisant l'évolution du CAC 40. Suées de crainte ou de soulagement. Ils sont plus nombreux à s'éponger le font devant un tie-break "deuuuusiziffff" dans les tribunes de Roland Garros que les "opérateurs de production" qui ont fabriqué les voitures qui les ramèneront à leur parking VIP.
Pourquoi une usine à gaz compliquée entre les mains d'un pouvoir d'état au service de ceux qui captent la richesse et pas un rapport de forces pour aller rapporter la richesse existante vers ceux qui la produisent et la sortir des griffes des spéculateurs ?
Alors bien sur, nous sommes là dans l'immédiateté de l'affrontement capital travail au quotidien et la réponse passe par l'action revendicative, ce qui précède n'est là que pour aider à la réflexion.
Comme ces questions sont souvent plus qu'austères, pour s'oxygéner, proposons un interlude :
Le lundi de pentecôte est dit maintenant "journée se solidarité" les moins pauvres des pas riches travaillent à l'oeil théoriquement pour financer l'aide les plus malades laissés sans moyens publics .
Notons, deuxième wagon du petit train "interlude": notons la discrétion surprenante de nos seigneurs de la sainte église apostolique et romaine d'habitude si campés sur la tradition.
Passons de suite dans le troisième wagon et osons ce fictif communisme social: les salariés travaillent à l'œil une journée? Soit environ un 200ème de leur temps annuels de travail? Nos idéologues sociaux ne cessent de parler d'équité?
Et maintenant, la locomotive : En attendant de mettre en œuvre ce qui suit, soyons équitable: prenons 0.5% des profits et spéculation annuels du CAC 40 pour les saisir et les bloquer sur les comptes sociaux.
Je vois déjà Neuilly acheter de la peinture et envoyer ses major d'homme acheter du calicot. Il est vrai qu'à côté, Tobin et sa taxe font mesquins.
Pourtant, les salariés, sans qu'on ait demandé leur avis, cet effort leur est imposé.
Fin de cet interlude aussi sinistre que révélateur.
Par contre et là nous quittons le domaine de l'idéologie dominante, si pour dégager le ciel de l'avenir des nuées de la résignations, si nous bousculons la pensée de tous ceux qui se propulsent sur les tréteaux de l'analyse et restent assis dans de confortables fauteuils Voltaire, se prétendent marxiens, marxistes marxologue, bref tous ceux qui faisait fuir Marx (qui affirmait : "une seul chose est sûr, je ne suis pas marxiste" aussi certains que l'auteur de ses lignes à la fin de son propos ne se prétendra pas économiste, distingué ou pas ).
Si donc comme tous le disent, la crise est systémique, alors jeunes gens bâtés par un demi siècle de gestion loyale ou de recherche dans le cadre de cette loyale gestion, expliquez-nous pourquoi vos "solutions" s'inscrivent toutes dans la pérennisation d'un système dont à longueur de tribunes dans la presse vous nous dites qu'il est "à bout de course qu'y rester conduit au pire (barbarie comprise)" ? Ce qui hélas, et là vous avez raison, est plus que vraisemblable.
Soit vous mutualisez vos efforts pour conserver un corps en décomposition soit vous ne savez pas comment vous affranchir de la dépouille et avez peur d'explorer le neuf.
Pourtant nos (vos) bibliothèques démontrent que nous ne sommes pas démunis et qu'à condition d'utiliser ses neurones des pistes existent pour aller chercher ce neuf qui frappe à la porte et l'aider à entrer.
Le débat sur les retraites est symptomatique et …révélateur. Un double affrontement : le premier est l'échelle de temps de la négociation, le second le contenu des solutions.
Horizon 2030, 2050 dit autrement, une ou deux générations pour trouver "une solution pérenne au financement" des revenus de ceux des salariés qui après avoir intensément concourus au développement de la communautés des hommes y participent toujours, citoyens enfin libre de ce pays, et ont le droit de vivre normalement sans être obligé de "badger" ou de pointer à heure fixe ou flexible : les retraités.
Et pour assurer ce financement, nos mêmes doctes économistes, pour certains peut-être à jour de leur participation-cotisation à une organisation politique qui dans ses statuts disait et dit peut être encore qu'elle travaille à abolir le capitalisme, ceux là allègrement s'activent pour les générations futures… dans le cadre de marché financier et spéculatifs toujours présents.
Aucun qui ne rappelle et propose dès lors de construire autrement, qui ose réaffirmer que le travail salarié produit la richesse captée par le capital et que la question est de supprimer cette captation.
Tous sachant par leur travaux théoriques et taisant que la sortie des producteurs de la condition salariale est la garantie de la disparition de l'exploitation, de l'accumulation et de la spéculation systémique (la citation de JB Say en prologue prend tout son sens), tous ayant peur de la conflagration que cette réappropriation de l'objectif par les salariés porte de révolutionnaire.
Ce souffle révolutionnaire chez ceux qui se gardent ce savoir est devenu un tantinet asthmatique.
L'économie est dans une crise d'une gravité telle que tous les leviers échappent aux collectivités humaines leurs organisations sociales et politiques pour se concentrer entre les mains des hommes des marchés au pouvoir. La télé nous montre les oligarques réels de l'Est pour mieux nous cacher les nôtre, ceux du Fouquet's et …d'ailleurs.
Cette crise en avant nous conduit vers un gouffre insondable et la proposition "révolutionnaire" de nos "Marx killers" de l'économie, pour les générations futures, avec cette taxation des marchés spéculatifs et financiers, est de mettre une passerelle sur un des bords du gouffre sans appui supplémentaire ni direction pour la lancer, la vigueur des marchés soutenant s'ils y trouvent intérêt l'édifice.
Imaginez-vous le 4 aout 1789 au matin un des preneurs de la Bastille trois semaines plus tôt annoncer aux oligarques de l'époque "vous gardez vos privilèges mais vous nous dites comment vous vous en servez et le dimanche faudra mettre un peu plus dans le tronc des pauvres"?
Le 5 au matin la face du monde aurait-elle été changée?
Dès lors, notre question initiale prend tout son sens : " Faut-il taxer les marchés, les profits spéculatifs ou non?" corolaire de cette question au plan politique, qu'en son temps Waldeck Rochet avait bien posée: "qu'est-ce qu'un révolutionnaire dans la France de notre temps?".
A coup sur, ce n'est pas un conservateur des marchés financiers comme d'autre conserve les hypothèques et hypothèque l'avenir de la protection sociale. Non, ici on n'aime pas le son du C.O.R...
"Qu'est-ce qu'un révolutionnaire dans la France de notre temps?" demande de remettre à plat un projet politique proposant une issue durable pour les générations futures. Pas élaboré hors des gens, du peuple, avec tous à la mesure de ses compétences, expériences, analyses. Fédérer un objectif politique d'action à débattre avec ceux qui veulent en sortir avec toutes les victimes de la crise.
Une alternative pour vivre mieux, pour s'affranchir de la domination du capital, pour sortir de la confiscation des richesses pour l'accumulation et la spéculation pour assurer la rémunération de richesses volées aux producteurs. Un projet qui assure la maitrise collective des leviers de l'économie et la structure pour répondre aux besoins sociaux et culturels. Un projet à la hauteur de l'urgence qui s'affranchisse de cette gestionnite à bas coût.
Pour toutes ces raisons, taxer ces "revenus" et inscrire cette taxation dans le long terme c'est accepter leur existence sur ce même long terme et renoncer à transformer la société. C'est du réformisme et même du low cost dans la spécialité.
C'est de ce fait renoncer à la visée communiste et à la libre association des libres producteur eux même, c'est garder l'organisation d'un poulailler où le renard libre ira se repaître des volailles gardées libres dans le cadre de la chiourme des marchés.
Taxer les marchés financiers devient dès lors un objectif acceptable pour le capital pour passer la crise en attendant des jours meilleurs et que le travail ait épongé les dégâts du capital selon le bon vieux principe de la collectivisation des pertes et la privatisation des gains.
La sociale démocratie est d'accord.
Toute la sociale démocratie.
Qui est d'accord pour y aller?
Guy Hervy (25 mai 2010) sur C@n@ille le rouge
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