Le juge espagnol Baltasar Garzon arrive au Tribunal suprême de Madrid pour son procès
le 31 janvier 2012
« Lorsque Maillart, juge d'Enfer,
menoit
À Monfaulcon Samblançay l'ame
rendre,
À votre advis, lequel des deux
tenoit
Meilleur maintien ? Pour le vous faire
entendre,
Maillard sembloit homme qui mort va
prendre
Et Samblançay fut si ferme
vieillart
Que l'on cuydoit, pour vray, qu'il menast
pendre
À Montfaulcon le lieutenant
Maillart. »
Clément Marot
Le franquisme a ses Maillards.
L'histoire ses Samblançay
Compte rendu de la première audience
Le juge Baltasar Garzon a qualifié mardi devant le Tribunal suprême de Madrid de "crimes contre l'humanité" les disparitions de civils sous le franquisme, justifiant sa tentative d'enquêter dans ce dossier qui lui vaut d'être poursuivi dans un procès polémique.
Avant d'entendre la déposition du magistrat, le Tribunal a décidé de mener à son terme ce procès, en dépit d'une demande d'annulation soutenue à la fois par le parquet et par la défense.
Sur le banc des accusés, le juge Garzon a tenté de justifier l'enquête qu'il a menée entre 2006 et 2008 sur le sort de plus de 100.000 disparus.
Les familles de victimes, qui l'avaient saisi en 2006, décrivaient une série de faits, a-t-il déclaré, "disparitions, détentions illégales, assassinats", qui pouvaient être qualifiés "dans certains cas de crimes contre l'humanité, de génocide".
Il s'agissait, a-t-il ajouté, "de faits d'élimination systématique selon un plan conçu à l'avance", "de milliers et de milliers de personnes toujours disparues à ce jour".
La campagne de soutien menée par les partisans du juge Garzon dénonce le "paradoxe" de voir sur le banc des accusés le magistrat qui a osé ouvrir le dossier des disparus de la guerre civile et de la dictature, un sujet qui reste tabou en Espagne 37 ans après le retour à la démocratie.
Aux portes du Tribunal suprême, environ 200 manifestants s'étaient de nouveau réunis mardi, criant "il faut juger les crimes franquistes".
"Nous sommes ici parce que nous avons honte qu'un juge qui a tenté d'enquêter sur les crimes du franquisme soit le premier à s'asseoir sur le banc des accusés", expliquait Pio Maceda, l'un des manifestants.
"Dans le système judiciaire, il reste des séquelles de l'ancien régime (la dictature). Ce procès est une honte pour l'Espagne et pour le monde".
Les sept juges du Tribunal suprême ont rejeté mardi matin la demande d'annulation du procès, estimant "insuffisants" les arguments présentés par le parquet et par la défense.
Baltasar Garzon, 56 ans, est accusé par deux associations d'extrême droite d'avoir enfreint la loi d'amnistie votée en octobre 1977, deux ans après la mort de Francisco Franco, qui était censée imposer un pacte du silence sur les années noires de la Guerre civile (1936-39) et de la dictature (1939-75).
Le magistrat a également profité de sa déposition pour souligner l'absence de travail de mémoire sur cette époque sombre de l'Espagne.
"A ma surprise, il n'y avait aucune donnée sur la guerre civile", a-t-il déclaré en réponse à son avocat, après avoir énuméré plusieurs institutions officielles qui n'avaient pas pu lui donner le nombre estimé de disparus.
Son instruction s'était finalement basée sur le travail des associations pour la mémoire historique et sur les témoignages de victimes pour chiffrer ce nombre à plus de 114.000, a-t-il rappelé.
Le dossier ouvert par Baltasar Garzon, un juge mondialement connu pour avoir fait arrêter l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet en 1998 à Londres, lui a valu l'inimitié de la droite conservatrice qui l'accusait de raviver inutilement de vieilles blessures.
Mais les familles de disparus, elles, ne cessent de dénoncer l'absence de volonté de l'Espagne de mener à bien son devoir de mémoire, en dépit d'une loi votée en 2007 afin de réhabiliter les victimes.
Un dernier scandale en date a éclaté l'an dernier lorsque des familles ont commencer à témoigner sur le sort de bébés volés pendant la dictature, une pratique qui s'est poursuivie jusque dans les années 1980, donnant lieu à un véritable trafic.
Baltasar Garzon, poursuivi pour abus de pouvoir, risque jusqu'à 20 ans d'interdiction d'excercer, une peine qui mettrait fin à sa carrière.
Son procès doit se poursuivre à partir de mercredi avec les premières auditions des 22 témoins cités par la défense, représentant les familles de victimes.
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