Onfray, le philosophe devenu si subversif que France Inter lui laisse maintenant un accès à l'antenne presque aussi fréquent qu'à BHL, vient de se glisser dans la peau d'un de ceux qu'il avait pourtant la réputation de pourfendre : un négationniste historique.
Pour lui Guy Moquet est un collaborateur des nazis.Rien que cela ! Si ce n'est pas du négationnisme ?
La Canaille assiume cette accusation grave, à étayer.
Ni historien ni sociologue, simple militant associatif et politique, aidant à porter la mémoire et agissant pour qu'à partir de la connaissance de celle-ci le monde soit transformé par l'action consciente et convergente de l'humanité, La Canaille prétend apporter son grain de sel avant de passer la parole à deux spécialistes qui disent à leur collègue leur façon de penser.
D'abord un rappel de mon point de vue trop peu souvent fait.
La date d'arrestation de G Moquet : mi octobre 40. Un moment où si la question de la réapparition ou non de l'humanité est définitivement réglée, Tréand écarté de toute responsabilité, Catelas décoré par De Gaulle à titre posthume par De Gaulle en même temps que Guy Moquet est passé à la clandestinité avant d'être arrêté en mai 41 (6 semaines avant l'attaque de l'URSS par les armées nazis) guillotiné à la Santé par le gouvernement de Vichy.
Que fait la JC dans cette période (son UECL en particulier, les jeunes ouvriers de la JC, non mobilisés ou prisonniers mettant en place les comités populaires) à ce moment (G Moquet en est un des animateurs dans le 17ème). Ils et elles préparent tout simplement des actions dont le coup d'éclat sera un mois plus tard la manif du 11 novembre 40 à l'Etoile.
Cette manif, considérée comme la grande et première manifestation antinazie a parmi les organisateurs Francis Cohen et François Lescure, tout deux étudiants, animateurs du secrétariat clandestin de l’Union des étudiants communistes et Lescure étant vice-président de l’UNEF en 1940.Une Manif ou l'armée allemande tirera sur ceux qu'Onfray considère comme des collabos. Lalet un des organisateurs de cette manif, responsable de l'UEC sera fusillé avec G Moquet. Alors, Onfray, collabo ces jeunes ?
Mais peut-être Onfray a-t-il un ordinateur dont la mémoire aussi sélective que la sienne et est donc déformée et inaccessible aux moteurs de recherche des universités ?
Ensuite, ce qui irrite La Canaille c'est aussi cette autocensure de ceux qui devraient avec plus de pugnacité porter la mémoire des agressés (Merci à Annie La Croix-Riz et Danielle Bleitrach qui toutes deux participent sans relâche à l'entretien de cette mémoire).
Cette autocensure permet à Onfray de bâtir des spéculations qui vaudraient un zéro sur une copie d'élève de terminale : "Crédibilité de vos sources, des faits pas des on-dit". Parce qu'enfin plutôt que de se laisser mordre dénoncer qui instruit ces procès ? Ceux qui depuis 65 ans se rependent dans une presse, singulièrement le Figaro qui lui paraitra sans discontinuer durant les exécutions des otages pour s'en féliciter et se "sabordera" le 11 novembre 42, deux ans après la manif des jeunes communistes, un an après les fusillades et guillotinades, à une date dont on peu dire dès lors que le Figaro… est "entré en Résistance par sabordage" bien après l'entrée en guerre de l'URSS.
Autre sujet de colère qui n'en rabat par rapport aux précédents, de la même veine. Comment ne pas être offensif quand on voit que ceux qui mènent cette campagne se sont recrutés d'abord parmi ceux qui ont trahis l'Espagne républicaine, applaudit à Munich, voté les pleins pouvoirs à Pétain et pour certains, après réussi à slalomer avec élégance parmi les piquets très souple d'une épuration sélective, et ont repris du service en s'associant pour continuer leur crimes aux travers des guerres coloniales ?
Et maintenant sangsue sur le mollet, voila cet Onfray qui s'en va tel Méletos s'appuyant sur Lycon et Anytos chercher ses références pour bâtir son procès chez Liaigre et Berlière. Certes Moquet n'est pas Socrate mais le procès est de même nature. Des auteurs qui battissent et recousent leur thèse depuis des années essentiellement à partir des archives puisées dans les poubelles de ces RG toujours au service du monarque du moment. Tous les patriotes et résistants de toutes organisations qui sont passés de 1939 à 1944 entre leurs mains ont le souvenir d'un engagement anti nazi et anti-vichyssois de haute volée, n'est-ce pas ? (il n'y a personne à l'université de Bourgogne pour un débat public contradictoire pour remettre ces gugusses à leur place, là où se trouvent leurs sources privilégiées ?).
Enfin, bon sang, un peu de lucidité : solliciter les RG pour expliquer les réprimés ; autant aller demander à la FNSEA des Côtes d'Armor pourquoi les algues vertes sont dues au statut de la fonction publique, c'est aussi crédible scientifiquement.
Avec cette nouvelle étoile montante de la pensée assouplie, il y en a un qui va certainement faire la gueule : c'est BHL : se voir menacer de prise d'intérêts dans sa clientèle… concurrence déloyale dans ce marché non libre et faussé de l'affichage sur les gondoles idéologiques.
A force de donner des gages pour exister on finit de n'exister que pour donner des gages.
C.le R. novembre 2011
L'article d'Annie la Croix Riz :
Affiché sous Accueil, Actu politique
Plusieurs correspondants…m’ont signalé, ces derniers jours, le texte publié contre Guy Môquet par Michel Onfray, pour s’en indigner et me demander de réagir. Le texte de ce philosophe, qui s’est, après Freud, trouvé une nouvelle cible, est si ignominieux que j’ai d'abord pensé devoir m'abstenir, comme ma collègue sociologue et camarade Danielle Bleitrach (« Mon premier réflexe a été de ne pas m’en préoccuper, a écrit celle-ci. Périodiquement il surgit quelque libelle de ce type»). Mais Danielle a finalement adressé une brève et excellente réplique, affichée sur le site du PRCF
«Initiative communiste », mensuel du PRCF, y consacrera également un article dans son prochain numéro.
Il se trouve que, en 2007, j’ai répondu à une campagne de ce genre, lancée à l'occasion de la publication, à l’automne 2006, de l’ouvrage de Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier (Juin 40, la négociation secrète. Les communistes français et les autorités allemandes), totalement dépourvu de fondement archivistique, qui a bénéficié de l’éloge dithyrambique de la grande presse (Le Monde inclus) et qui constitue l’une des références de M. Onfray. Vous trouverez ICI l’article correspondant, qui figure sur mon site depuis 2007, et auquel j’ai apporté récemment un complément fourni par des consultations d’archives. Répondant à MM. Besse et Pennetier, ce texte répond du même coup à M. Onfray, notamment sur l’assimilation entre nazis et communistes du 23 août 1939 au 22 juin 1941 et sur le nombre des fusillés sous l'Occupation.
Mon ouvrage De Munich à Vichy, publié en 2008, a étudié le mouvement ouvrier qui n’avait été qu’à peine abordé dans Le choix de la défaite. Les nombreuses archives intérieures consultées à cet effet complètent les arguments présentés dans l’article, et ont en particulier nourri le chapitre 6, intitulé « La guerre intérieure : “Les communistes mis à la raison” », p. 176-217.
Sur les aspects extérieurs de ce dossier, qui excluent formellement la thèse de l’alliance germano-soviétique, l’article joint à ce courrier peut être complété par la lecture des deux ouvrages cités : Le choix de la défaite étudie la question sur l’ensemble des années 1930 ; De Munich à Vichy montre de façon plus détaillée que l’après-Munich ne changea rien de fondamental à la politique soviétique de préparation militaire à l’assaut allemand jugé inévitable.
Comme vous vous procurerez aisément le libelle de M. Onfray (chronique mensuelle de Michel Onfray (N° 78 – Novembre 2011), je juge, comme le jeune militant qui a affiché la réponse de Danielle Bleitrach sur le site du PRCF, préférable de ne pas en afficher le texte sur ma liste de diffusion (le responsable du site, qui souhaitait que celui-ci demeurât « propre », s’est contenté d’un lien).
Annie Lacroix-Riz
Celui de Danielle Bleitrach,
Michel Onfray: un crachat qui retombe sur son auteur…
Un ami m’a envoyé ce texte de Michel Onfray que je place à la fin(voir le lien en bas de page) pour que chacun juge jusqu’où l’anticommunisme et le désir d’exister peut conduire quelqu’un qui prétend au titre d’intellectuel.
Mon premier réflexe a été de ne pas m’en préoccuper. Périodiquement il surgit quelque libelle de ce type. De surcroît je m’estimais mal placée pour critiquer Michel Onfray vu que de sa pléthorique production je n’ai lu qu’un truc sur les cyniques tellement racoleur qu’il m’est tombé des mains. Quelques « bonnes feuilles » de son machin sur Freud qui m’ont incitée à éviter l’ouvrage.
Que faire alors de ce médiocre compte rendu d’un livre dont je pense qu’il ne passera pas à la postérité même si Michel Onfray nous assure qu’il a été publié dans « la très sérieuse maison d’édition Larousse dans une collection dirigée par Emmanuel Thiébot qui fit un temps partie de l’équipe de l’Université Populaire de Caen« .L’université populaire de Caen étant on le sait la créature du dit Michel Onfray.
Michel Onfray a subi une véritable illumination devant cet ouvrage. Au point à partir de cette unique lecture de traîner dans la boue Guy Mocquet, excusez du peu. A partir d’un seul livre, il est vrai publié dans la très sérieuse maison d’édition Larousse dans une collection dirigée par Emmanuel Thiébot qui fit un temps partie de l’équipe de l’Université Populaire de Caen« . D’autres intellectuels ayant eu une telle illumination tenteraient de se ressaisir, ils multiplieraient les lectures, les références avant de s’engager. Mais non Michel Onfray a ceci de commun avec Bernard Henri Lévy qu’il leur suffit d’un seul livre de quelque auteur peu ou mal connu pour se faire une opinion définitive, pour adopter une « posture » : Guy Mocquet serait en fait un pro-nazi parce que communiste. Et Michel Onfray de nous inviter à regarder en face la vérité sinon le nihilisme nous menacerait. Heureusement Michel Onfray et BHL sont là, avec eux l’essayiste n’a plus une attitude morale mais une morale de l’attitude… Sur rien, sur un livre feuilleté à la hâte dont on tire une exaltation incontrôlée des sphincters de l’égo… Et tout cela en reprenant le grand air du pacte germano-soviétique et du communisme stalino-hitlérien. Michel Onfray n’a visiblement pas consulté la montagne d’ouvrages qui a été écrite sur le sujet , il a une révélation. Comme pour Freud, il n’argumente pas il dévoile l’anecdote dont il vient de prendre connaissance, un ragot peut-être qu’importe.
Se trouvera-t-il un historien digne de ce nom pour perdre son temps à réfuter ce grand air de la calomnie devenu ou plutôt redevenu évangile pour Michel Onfray ? Je crains que non alors je ne vais pas me lancer non pas dans l’entreprise de reprendre toute la période historique, l’alliance du Front populaire se cassant le nez sur la Guerre d’Espagne, le refus des socialistes d’intervenir, la lutte antifasciste des communistes. Munich, la trahison de Chamberlain, Daladier. L’originalité du parti Communiste français qui justement a refusé la ligne classe contre classe et a constitué un Front populaire antifasciste. Il faudrait tout reconstruire pour contextualiser ce que Michel Onfray résume au pacte germano soviétique et à la seule demande de parution de l’humanité aux troupes d’occupation. Ce qui n’a pas été le fait du « parti » mais d’un seul dirigeant qui s’est trompé et s’est illustré dans la Résistance, lançant l’appel à la résistance avant celui du 18 juin. mais voyez la canaillerie du texte, cela devient « nous avons des ennemis communs les anglais, les juifs »… Alors même qu’en 1938, il y a eu la conférence d’Evian, le refus général d’accueillir les juifs, cela devient les communistes qui sont antisémites pour Onfray… Minable..; Des historiens décriront mieux que moi cette lutte antifasciste menée par les communistes français depuis 1934 alors même que comme l’a décrit Annie Lacroix-Riz le patronat avait fait déjà alliance avec les nazis.
Mais je vais apporter un témoignage. J’ai écris sous forme de dialogue les mémoires de Gaston Plissonnier et nous avons beaucoup discuté de cette période. ce que m’a décrit Gaston Plissonnier qui à l’époque était en Bourgogne c’était la situation du parti à ce moment.
En 1938, il y a eu Munich,
la Tchécoslovaquie a été livrée. Puis le pacte germano-soviétique comme réponse à Munich. Alors même que le gouvernement français ne prépare pas la guerre contre l’Allemagne, que le patronat est déjà allié aux nazis, le pacte germano soviétique fournit prétexte à se débarrasser de ceux qui combattent dans les usines, ont imposé les congés payés, la répression s’abat sur les militants communistes jusque dans les syndicats en bas où, les communistes étaient majoritaires : ils seront dissous par le ministre de l’Intérieur, 620, au total. La moitié du Comité central et trois membres du Bureau Politique Cachin, Sémard et Billoux sont en prison mais Maurice Thorez reçoit l’ordre de partir à Moscou et Jacques Duclos, Benoît franchon et Charles Tillon partent en clandestinité. Ce que me décrit alors Gaston Plissonnier c’est un parti qu’il faut reconstituer en le faisant entrer en clandestinité.
Il m’a raconté comment il allait de ferme en ferme alors même que les jeunes hommes (jusqu’à quarante ans) étaient mobilisés et que le parti était interdit et il ne savait pas à qui il avait affaire. Mais comme Monmousseau était envoyé à Marseille, Charles Tillon à Bordeaux, lui tente de recréer un parti illégal dans sa Bourgogne. Ils se battent pour la survie du Parti, sur des bases de classe, ce moment est très proche du refus de Blum de soutenir les Républicains espagnols face au fascisme, de l’internement de ces espagnols dans des camps. Donc de l’analyse de la complicité entre la bourgeoisie et les fascistes et de la mollesse des socialistes. Gaston me racontait que les structures clandestines qui se recréaient se faisaient sur ces bases, le prolétariat et les intellectuels ralliés à lui étaient les seuls à n’avoir pas trahi, ce que Mauriac confirmera en disant que « la classe ouvrière est la seule à être resteé fidèle à la patrie profanée ».. Les femmes jouent un grand rôle dans ce temps de mobilisation, l’épouse de Gaston mais aussi l’union des jeunes filles de France avec Danielle Casanova.
Ce témoignage de Gaston qui insistait sur non seulement les difficultés de réorganiser un parti clandestin puisque le gouvernement qui pactisait de fait avec les nazis avait organisé la répression des communistes mais aussi sur les objectifs de résistance et la nécessité que ce soit le parti lui-même qui organise sa propre résistance a été également confirmé par mon mari qui lui avait organisé la résistance du pays d’Aix et qui à ce titre avait été torturé par la gestapo, puis fut emprisonné à la Centrale d’Eysses et ensuite déporté à Dachau. Il m’a décrit le même travail qu’il a du faire dans les mêmes conditions pour recréer un parti, son effroi devant la foule qui se pressait lors de la venue de Pétain. Il avait adhéré en 1936 pour mener la lutte antifasciste pour lui en réorganisant le parti comme l’avait fait partout des communistes à la même époque, celle de la drôle de guerre puis celle de la débâcle des armées mal préparées et le début de l’occupation nazie, il n’y a jamais le moindre doute sur la nature de leur combat.
Face à cela, voyez comment Michel Onfray glisse, comment il
accuse les communistes d’avoir saboté les armes dans les usines, d’être quasiment à l’origine de la débâcle de l’armée française, le patronat celui qui s’est réellement entendu avec les nazis «
plutôt Hitler que le Front populaire » est blanchi c’est la faute aux ouvriers…
Je dois dire que quand j’ai lu ce torchon de Michel Onfray j’ai repensé à tous ces gens, à ce jeune communiste torturé et qui s’était
coupé la langue pour ne pas parler et je me suis dit que cet individu déshonorait le nom d’intellectuel, non seulement par ses méthodes de travail, le ragot, la provocation se
substituant à la recherche des preuves mais parce qu’il s’attaquait à quelqu’un qui le dépassait de cent coudées pour rien, comme ça pour le plaisir de faire parler de
lui…
triste…
Danielle Bleitrach
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