En 1822 la Grèce se proclame indépendante.
Des populations sont alors massacrées par les Turcs, notamment les habitants de l'île de Chio (Scio).
En remplaçant "Les Turcs ont passé par là" du premier vers de 1829 par " L'UE est passée par là" en 2010,
Quelle singulière actualité de ce célèbre poème de V Hugo
L'enfant
"Ô horror ! horror ! horror !",
W. Shakespeare, Macbeth
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tète blonde,
Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.
Victor Hugo, Les Orientales, 1829
Et un autre reçu par les fils de trame de la toile (merci à Ernesto)
GRECE
Grèce,
Quel beau pays !
Toi qui as traversé la Méditerranée
Pour planter tes oriflammes
Sur la tête de Nations balbutiantes
Grèce,
Aujourd’hui tu te dresses à nouveau
Et se sont les murs de tes villes qui résonnent,
A présent,
Du sang des partisans
Qui a coulé pour que tu vives
Grèce !
Pour que tu puisses chanter le renouveau,
Le chant des laborieux,
La grande armée de l’ombre,
Des travailleurs
Le chant de la faim,
Le chant de la soif,
Le chant du désir inextinguible
Le chant de la dignité
Qui pousse celui-là à dresser le poing
Celle-ci à haranguer,
A interpeller celui qui tarde encore à grossir les rangs
A venir rejoindre les cortèges
Pour élever l’homme,
Non pas au-dessus de l’animal mais de la bête,
Pour lui redonner sa fierté d’être humain
Grèce !
Tes ruines s’enorgueillissent
Et tes orangers,
Tes clochers,
Tes collines,
Tes rochers éblouissants
Sous le soleil ardant,
Le sable des plages qui épousent le bleu tranchant de la mer,
Reprennent ce chant
Pour le porter aux confins de la Terre
Jusqu’aux plus lointaines chaumières
Imprégner les murs des villes,
De ces tours palais de glace,
Et faire trembler cette Europe qui n’existe que dans les coffres forts,
Cette Europe qui a mal et qui saigne,
Ces Nations en décomposition qui hurlent dans le silence des vociférations
Hantées par le seul et même désir
Briser le mur
Et que s’élève
Ce chant,
D’espoir,
Et de Liberté !
(Philroad 05 Mai 2010)
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