En attendant le prochain message de snony qui certainement nous donnera des nouvelles de la campagne engagée par le pouvoir contre le mouvement populaire et singulièrement la classe ouvrière avec cette volonté de réprimer tout recours à la grève, voici ce qu'elle nous faisait parvenir il y a quelques jours sur la vie culturelle populaire dans les quartiers et le villes,les nouvelles formes d'organisation de son organisation.
« Al-fann mîdân« , est le nom d’une nouvelle
manifestation
culturelle en Egypte, qui a désormais lieu tous les premiers
samedis de chaque mois (logo ci-contre). Samedi dernier était le troisième, depuis qu’une petite centaine d’associations culturelles ont décidé de se regrouper pour organiser dans tout le pays
des festivités artistiques et culturelles. Ces associations et les quelques 200 artistes qu’elles ont rassemblés revendiquent toutes et tous le qualificatif « d’indépendant », ce qui
n’étaient pas imaginable sous l’ancien régime. Il existait un événement annuel de ce type à Héliopolis mais rassemblant essentiellement des organisations patentées.
Au programme, samedi 4 juin dernier, entre 15h et 23h :
du cirque, du cinéma (indépendant) des ateliers d’arts plastiques, du théâtre, des pantomimes, des groupes musicaux (folkloriques et contemporains). Il ne s’agissait pas exactement d’art de la
rue comme on l’entend en Europe, mais de « mettre l’art dans la rue ». La place Abdîn qui accueillait la manifestation était entourée de stands où s’exposaient des artisans, et
des libraires. Sur les tables de ces derniers, des ouvrages d’écrivains et poètes égyptiens, mais aussi des traductions d’auteurs étrangers peu en vogue jusque là. Ici, à côté de Shakespeare, on
trouve Darwin, Jean Paul Sartre et Albert Camus.
L’initiative se présente
comme une poursuite de la révolution du
25 janvier, omniprésente par les portraits des « martyrs » qui flottent sur la place mais aussi dans les dessins des enfants invités à prendre craies et pinceaux. Sur le prospectus
qu’elle distribue dans les différents stands, l’union des associations affirme qu’elle « s’emploie à soutenir et mettre en œuvre les revendications de la révolution du peuple égyptien en ce
qui concerne les réformes politiques et sociales » et « souhaite donner toute leur place à l’art et la culture dans la vie publique » pour que chaque citoyen puisse « élargir
ses connaissances » et pour lui ouvrir « l’horizon de l’avenir ». Tout le monde ici est convaincu que cet horizon ne s’ouvrira pas seulement avec des décisions politiques, même si
certaines sont urgentes. Le pari des organisateurs est que l’on peut « faire, sans attendre » comme me le dit un jeune responsable, avec enthousiasme.
Le pari est réussi, au moins au Caire où un public dense est
venu en soirée, écouter plusieurs concerts retardés par la chute, dans l’après midi, de la rampe de projecteurs. Les installations sont assurées par des bénévoles et tout n’a pas lieu à l’heure
écrite sur le programme, mais on sent les gens heureux de savourer une autre dimension de leur liberté conquise. Le développement culturel en Egypte a profondément souffert des trente années de
dictature, et on ne peut que souhaiter à ce genre d’initiatives de proliférer. Al-Fann mîdân avait aussi lieu ce samedi à Alexandrie (Jardins de Shallalât), à Assiout (place
des banques), à Louxor (salle Sidi Abu el-Hagag), à Kafr el-Cheikh (dans la rue), à Mansourat, et à Damiette. Page Facebook en arabe ici(en espérant que le lien sera cette fois accessible).
La même après-midi se produisaient dans la salle
« Makan », rue Saad Zaghloul,
des artistes égyptiens et français qui venaient de travailler une dizaine de jours ensemble à la réalisation de spectacles multimedia : videastes, musiciens, danseurs, aidés de quelques machines
pleines de boutons, et soutenus par l’association « Zinc » de Marseille, ont transformé l’espace de cette petite salle habituellement réservée à des spectacles traditionnels (voir cet ancien post). Le projet est exposé en ligne ici.
Ces initiatives ne travaillent pas dans le sensationnel et n’auront jamais le relai médiatique des grands shows aux Pyramides. Elles révèlent une société pleine de potentialités qui ne demandent qu’à s’étendre. Certes « l’horizon de l’avenir » se perd parfois encore dans les nuages, mais la vitalité culturelle de la société égyptienne est un des points d’appui de cette révolution qui, il faut le dire et le redire, ne fait que commencer.
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