Voici ce que nous en dit snony.
Merci à l’amie qui m’a suggéré ce titre, elle se reconnaîtra. Merci aussi à Richard Jacquemond, alias khawaga, d’avoir signalé en commentaire de mon précédent post, cette
e
xcellente série d’émissions de Joseph
Confavreux et Jean-Philippe Navarre, sur France Culture : L’Égypte, la révolution au quotidien,
et Police de Mubarak, anatomie d’une
peur que l’on peut encore podcaster sur le site (éviter d’écouter la deuxième avant de s’endormir). Un véritable travail d’investigation qui essaye de lire, au-delà des analyses
prédigérées, les mille et une facettes de la réalité égyptienne et les espoirs qu’elle porte. Un travail engagé qui ne se contente pas de nourrir les idées reçues d’une rédaction.
Avant de prendre mes quartiers d’été, je range quelques photos prises « au téléphone » durant ces deux dernières semaines. Petits détails de la rue au jour le jour, événements de la vie d’un quartier, petits signes d’une autre histoire en train de s’écrire. Je les livre en vrac.
Le transformateur électrique sur la première
photo ci-dessus se trouve dans une ruelle près de Talaat Harb qui a été en travaux durant des mois et qui s’est transformée en dépotoir. Une petite affiche de confection artisanale y a été
scotchée : « Merci au gouvernorat pour le nettoyage ! ». Une expression directe et spontanée qui en outre, reçoit manifestement toute la bienveillance du quartier, forces de
l’ordre y compris, puisqu’elle a résisté plusieurs jours à l’arrachage.
De même quelques rues plus loin, en fait à 100m de là, des affiches annoncent sur chaque pied de réverbère le vernissage d’une exposition de sculptures d’Alaa Abdel Hameed. Le titre de l’exposition qui s’affiche en rouge est « La solution, c’est la solution » (al-hal, huwa al-hal). Il s’agit bien sûr, d’un pied de nez au slogan de la confrérie des Frères musulmans (« L’islam, c’est la solution »). Voilà près de trois semaines que les poteaux exposent une royale insolence envers ce qu’on nous décrit comme « l’État dans l’État ». Il ne s’est pas trouvé un « commissaire » pour arracher cet affront.
Sur cette photo, prise dans le même quartier, il s’agit d’une célébration. C’était le 10 juin dernier, annoncé
par une
« invite facebook », un rassemblement qui s’est avéré totalement improvisé pour célébrer Sheikh Imam (décédé le 6 juin 1995). Annoncé pour 19h, il ne démarrera véritablement que vers
20h. Rue Mohamed Bassiouny, devant l’immeuble « Mérit », on sort quelques amplis, raccordés à une méchante table de mixage, et on diffuse avec force décibels des enregistrements du
poète disparu. La sono lâche, il y a manifestement un faux contact, personne ne désarme et la foule qui petit à petit s’est rassemblée poursuit la chanson a
capella (video). Des jeunes s’arrêtent, étonnés de voir tous
ces « vieux » cinquantenaires en train de chanter. Bientôt deux joueurs de oud viennent soutenir l’attroupement qui atteint plusieurs centaines de personnes.
Pour tous ceux qui sont ici et chantent leur
joie de vivre libres, il ne fait aucun doute que l’insoumission de ce poète, musicien, chanteur a irrigué en profondeur la révolution égyptienne. L’ hommage de ce soir est à la résistance de
celui qui a permis à toute une génération d’espérer. Quelques slogans lancés entre les chansons le rappellent. Les lecteurs qui ne connaissent pas encore le chanteur à lunettes noires peuvent
l’écouter
icichanter Yamma avec Ahmed Fouad Negm, son complice de toujours ; les paroles sont traduites en français au début.
Il est aussi question d’insoumission sur ces panneaux aux couleurs de l’Egypte (et de la révolution). « Ne me prends pas pour un idiot » dit l’affiche noire,
« Ne
cherche pas à me faire taire » dit la
rouge. Elles ont fleuri depuis deux jours sur les murs du centre ville. Elles déclinent cette volonté de poursuivre la révolution entamée que pas une confrérie, pas un tank, ni même leur
association n’arrivent à faire taire.
Une volonté que les plus exclus gardent chevillée au corps. Le vendredi 17 juin pour lequel aucun rassemblement n’était annoncé sur Tahrir, les handicapés en ont profité pour se donner
rendez-vous, en fauteuil ou portés par des amis, sur la place qui leur était du coup entièrement dédiée. Hassan brandit ici, avec ses mains qui ont chacune deux doigts, sa pancarte qui réclame
justice et liberté et interroge « où sont les droits des 5% ? ». Une loi de l’ancien régime avait prétendu en 2010 défendre les droits des handicapés en « imposant » aux
entreprises de plus de 100 salariés l’embauche de salariés handicapés à hauteur de 5% du personnel. Cette loi n’a bien sûr jamais été appliquée, précise Hassan qui travaille dans l’entreprise
de Ez, le magna du fer à béton, (ancien secrétaire du PND et actuellement sous les verrous). Il manifestait d’ailleurs déjà au printemps 2010 devant le parlement pour la dénoncer : « cette
loi a permis que nous ayons un statut particulier. Du coup je travaille pour un salaire mensuel de 157 L.E. quand ceux qui sont au même poste que moi gagnent près de 1000 L.E. pour le même
travail ». Je suis étonnée du salaire de ses collègues (le SMIG vient d’être
« revalorisé » à 700 L.E. soit un peu moins de 100 €), mais Hassan est sûr du sien dont il répète le montant en détachant les syllabes
« mi-ya-sa-ba’-wa-kham-syn » soit à peine 20 €.
Ils ont du pain sur la planche ces chabab masr, ces jeunes d’Egypte, pour réussir tous ces changements, et, pour en revenir à l’introduction de ce papier, ils n’ont que faire des fées Carabosse qui se penchent avec condescendance sur le berceau de leurs espoirs, même au nom de la neutralité (celle qui les autorise à parler de « gueule de bois » pour décrire la situation actuelle). John Reed, observateur engagé d’une autre révolution, écrivait en 1919 à la fin de l’introduction de Dix jours qui ébranlèrent le monde : « In the struggle my sympathies were not neutral. But in telling the story of those great days I have tried to see events with the eye of a conscientious reporter, interested in setting down the truth. »
S’il y a peu de « John Reed » aujourd’hui du côté du soleil couchant,
l’Egypte ne
manque pas d’énergies pour écrire son histoire. Avant de proposer à mes lecteurs rendez-vous à la rentrée, je voudrais signaler trois numéros exceptionnels (et « collector ») de
l’excellente revue « Wajihât nazar » que l’on trouve comme d’habitude à la librairie Al-Shuruq (place Talaat Harb), sur quelques trottoirs du Caire, mais aussi dans
pratiquement tous les pays arabes et d’Europe (renseignements par email). La
livraison groupée de février-mars-avril contient 1/ Un numéro comportant des analyses approfondies de la situation « L’Égypte change (Masr tataghayyar) », 2/ Un numéro tourné
vers l’ensemble des pays arabes « Le temps de la colère arabe » (ci-contre), sous-titré « This is NOT a Facebook Revolution », 3/ un éphéméride des dix-huit jours de
soulèvement (khamsa wa-ashryn yanâyr, yawmiyât thawra) illustré de splendides photos et des Unes de quelques quotidiens.
Bonnes lectures et bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage aux autres !
Confidence de La Canaille : ceux qui me connaissent savent ma crainte de la chaleur, frein à certains voyages.
Je crois bien que si les finances un jour l'autorisent ou permettent de l'organiser, un mien rêve, partagé par nombre de gamins qui ont découvert l'Egypte au travers de cette Grande Dame qui vient de nous quitter (dont la participation à la sauvegarde des antiquités égyptiennes du Louvres des pillages nazis est si peu mis en avant), pourra se concrétiser.
Musée du Caire, s'éblouir en bateau sur le Nil, parler de Pyramides sans changer à Chatelet, une sorte de lévitation culturelle.
Londre comme Carthage sera détruite disait JH Paquis sur radio Paris. Paquis est inscrit au patrimoine des ordures de l'Humanité. Carthage existe et le peuple de Tunisie est fier de son histoire, de ce qu'il éssaie d'en faire. Voir Carthage en janvier...
Un jour la Turquie, et vite, très vite, comme pour l'Italie déberlusconisée aller voir la Grèce pour la même soif de connaitre et d'être là où Hommes et Femmes se battent pour sauver l'avenir en s'appuyant sur une Histoire qui persiste à me bercer.
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