Depuis pas mal de temps cela me trottait en tête. Un article fort intéressant d'Ivan Lavallée : Du Fascisme et du néo aconduit à ce qui suit (qui ne s'oppose pas aux propos d'I. Lavallée) mais propose à tous d'aller massivement explorer un peu la grande malle de l'histoire pour comprendre le pourquoi d'aujourd'hui.
A la lumière de ce qu'on trouve dans la malle, on peut sans difficulté avancer l'idée que pour la société capitaliste, le fascisme et ses déclinaisons diverses sont les parties d'un traitement tantôt préventif, plus violement curatif si nécessaire (et alors sans hésitation), d'un spectre révélé dans le Manifeste Communiste.
Rapide détour sur la peur du capital :
Coup de tonnerre dans le monde, en 1848 parait un petit bouquin aux conséquences toujours prégnantes : Le Manifeste Communiste.
Un texte qui ni l'œuvre d'un penseur reclus sous les combles de sa maison, ni une correspondance avec son copain Friedrich. C'est une commande de la Ligue des communistes au sein de la quelle il est plusqu' actif, un des animateurs.
Une Ligue des Communistes qui ne propose rien de moins que de subvertir une société bourgeoise elle-même en pleine croissance où l'enrichissement d'une oligarchie conquérante est le moteur de l'exploitation du restant de l'Humanité.
Cette brochure est rédigée sur la base de textes et discussions préparatoires au sein de la Ligue des communistes, et notamment sur la base d'une contribution de son ami Friedrich Engels. Dès sa publication (en français en allemand et en anlais), son succès est fulgurant.
Le slogan final va semer la terreur autour des corbeilles et dans les conseils d'administration - « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Mot d'ordre qui avait été adopté par la Ligue des communistes plusieurs mois auparavant.
C'est que les auteurs attaquent bille en tête : "Un spectre hante l'Europe — le spectre du communisme."

C'est contre ce spectre que tout ce que la réaction compte de capacités à penser sa survie et surtout les moyens de l'assurer s'est mis en cogitation.
Rassemblant tous les fragments éparts du refus des avancées de civilisation, tout ce qui s'opposait au mouvement des sociétés et principalement ceux qui tirait leurs richesses des formes de dominations et d'exploitations, ce courant réactionnaire va se structurer et s'organiser pour résister aux exigences de progrès de l'humanité.
Les fascismes vont se construire ainsi non pas dans les années trente du XXème siècle mais présent dès avant la Commune avec des racines qui partent du plus profond de la réaction cléricale et aristocratique, rassemblant tous les outils idéologiques dont ils ont besoin pour encadrer, diviser, opposer et maintenir sous le talon de fer les producteurs de richesse et de savoir qui exigent de pouvoir s'en affranchir à partir de chacun des pays où ils se développent avec une creuset que le concept d'internationale brune résume bien.
Les leviers idéologiques :
Vieilles recettes de grands-mères mais hélas efficace : s'il a mal à la tête fait lui regarder ses pieds. Traduction : pour ne pas laisser d'espace pour penser sa condition faisons penser à autre choses : l'autre à présenter comme cause de tous les maux, les valeurs égocentrique creuset de l'exclusion de celui qui ne les partage pas, la hiérarchie naturelle qui fonde l'ordre des choses et si possible de façon à faire naître des tensions qui permettent d'opposer et diviser.
Caricatures ? Qui n'a jamais entendu "des riches et des pauvre il y en a toujours eu "
Et cela, jamais entendu ? "Si on ferme les usines de textile c'est à cause des arabes qui acceptent de travailler pour moins cher"… Mais surtout silence sur ce que celui qui ouvre l'usine au sud de la méditerranée est le même que celui qui a attendu qu'elle puisse tourner pour fermer celle qui l'a enrichi au nord.
"La finance mène le monde, c'est la faute aux juifs" distillé par l'action française et les congrégations antisémites, porté intellectuellement par le clan Daudet (Alphonse en tête via Drumont leur plume) et où la fine de fleur du monde des financiers les banquiers et assureurs co-menait le monde avec les par ailleurs stigmatisés dès lors qu'ensemble ils étaient tous d'accord pour sabrer les gueux.
Cacher qu'on a pillé brûler massacré pour s'installer grâce a des armées sanctifiées par toutes les religions pour bâtir des empires, les appeler terres vierges à exploiter pour se servir des colons souvent complices pour asservir les peuples colonisés. Israël n'a rien inventé et ne fait que perpétuer la pratique, de la spoliation aux crimes de guerre, jusqu'à ce que l'OTAN renouvelle et élargisse le concept en 2011. (Avez-vous noté que la harangue vaticanesque de pâques a certes pointé les conditions non chrétiennes d'accueils aux migrants mais n'a pas dénoncé l'histoire et les responsabilités qui en sont les causes ni les bombardements des pays voisins de ces migrations ?)
C'est aussi l'offensive irrationnelle contre le savoir : casse de l'école, confessionnalisation des institutions, renversement des valeurs de la laïcité qui devient une autorisation (délivré par des pouvoirs aux volontés concordataires) de ne pas avoir de religion etc.
Anecdote peu connue rapporté par Charles Beslay, ingénieur et doyen de la Commune, il écrira dans "la Vérité sur la Commune" qu'un certain nombre d'entrevues avait eu lieu dès avant 1870, l'empire étant vacillant, entre membres du gouvernement, dirigeants de l'église. Il cite un haut dignitaire ecclésiastique déclarant"nous voulons la grande saignée indispensable pour rétablir la religion et la monarchie, il faut que les faubourgs se soulèvent. Les mesures que nous prendrons paraîtrons dures, elles sont indispensables". De même la Compagnie du Nord des Rothschild (chemin de fer) écrira au gouvernement de Versailles : " Le concours de la Compagnie ne fera pas défaut, le ministre doit prendre des mesures de répression". La même compagnie du Nord qui affirmait au ministre le 19 mai 1871, à propos des ateliers de La Chapelle : "Nous avons occupé nos ouvriers. Sans cela ils auraient grossi les rangs des insurgés". L'antagonisme de classe est prioritaire sur tous les autres et nourrit tous les comportements.
Tout cela pour montrer l'articulation établie entre les forces réactionnaire, la violence faite aux peuples, les critères idéologiques dont le racisme dans la montée des fascismes et leurs liens organiques voire génétiques avec le capital.
Premier acte majeur de l'occupant dès la capitulation signée par Pétain, la conférence de Rosenberg idéologue du nazisme, à l'assemblée nationale en novembre 40 à Paris, pour annoncer l'enterrement définitif de la révolution de 1789. Discours de propagande auquel Gorges Politzer (qui sera fusillé en mai 1942) répondra par son fulgurant pamphlet aussi argumenté que magistral "Révolution et contre-révolution au XX° siècle " brochure rédigée en décembre 1940 et janvier 1941 et publiée clandestinement en février 1941 par le parti communiste français.
Les fascismes se construisent toujours pour répondre à une crise profonde des rapports de domination où le capital analyse un risque d'être submergé. Le choix de Ford, d'IBM, de Renault et combien d'autre de soutenir Hitler s'explique par cela. L'internationalisation des crises, aujourd'hui leur mondialisation, pousse à nouveau à un recentrage idéologique permanent et à une "rationalisation" de leurs pratiques.
Singularité à mesurer : le fasciste du 21 ème siècle ne cherche pas de revenir au régime de l'État français à Vichy. Les opérations transformistes du "fn" et de sa direction en sont l'exemple. Sans rien renier de cette période qui leur fait référence et valeurs, sans rien céder sur le fond, l'intelligence première du capital c'est de savoir s'adapter et de ne pas modéliser les formes de sa domination et de savoir si besoin ressortir ses outils de coercitions politiques et d'intégration idéologique. Ivan Lavallée a raison de rappeler la phrase de Goebbels « Fanatiser les masses pour en faire un instrument de ma politique » Y.L. précise que la politique en question, c’est celle du capital, aujourd’hui plus mondialisé que jamais, impérialiste, confronté à une crise elle aussi mondialisée.
Pour le Capital, la nature de classe de la société et son organisation autour de cette situation suffit comme cadre. D'où sa référence permanente à l'état comme garant (puisque idéologiquement non contesté) en tant qu'arbitre de l'organisation. Cela répond à son besoin de la confusion entre cet état de classe (comme tout état ) et le besoin d'une organisation sociale des sociétés humaines qui n'est pas obligée de passer par un état qui organise la société à partir de l'intérêt des dominants.
Cela montre en creux la profondeur des retards accumulés dans la pensée communiste sur la question de l'État rapportée qu'à des aspects institutionnels qui ont structuré des chemins conduisant dans l'impasse.
Si l'élaboration théorique hors champ du réel peut prendre du retard, sur cette question, les conséquences sont tragiques pour les peuples. Un retard sur l'histoire n'existe pas. Il existe des erreurs qui éloignent du mouvement réel de la société et ne peut donc la transformer, laisse les rennes à ceux qui savent vers où la conduire et entraine ceux qui commettent ces erreurs (et les accompagnent) vers les abîmes.
N'existant pas, le retard ne se comble pas, sauf à utiliser des raccourcis aux conséquences le plus souvent redoutables. Dégageant ainsi dans une société en crise des espaces de reconquête pour l'extrême droite à partir des idées de replis frileux et de rejets des autres permis par l'absence d'alternative partagée.
Les années que nous venons de traverser le démontre amplement. Et sans aller explorer des contrées lointaines, la crise politique que traverse la Belgique et l'absence de gouvernement montre que la société continue d'enseigner, soigner produire, créer, et permettre l'accumulation du capital dans un rapport de forces lié à un système économique sans qu'un gouvernement par essence d'État ne soit indispensable. Mieux (ou pire) cette absence de gouvernement est vécue comme le garant d'une forme de paix civile dans un état de droit au service du capital.
I. Lavallée dans son article propose : La lutte contre l’extrême droite qui est l’antichambre du fascisme doit s’appuyer sur deux piliers. D’une part, la lutte idéologique, sans merci contre toutes les formes d’obscurantisme, permettant ainsi la prise de conscience de classe, la nécessité de passer à un autre mode de production et d’échanges. D’autre part la lutte économique et politique pour stériliser le terreau de l’idéologie fasciste que sont la pauvreté, la misère, le déclassement social. Il est urgent enparticulier de démonter le soi-‐disant programme social du FN et de montrer ses contradictions avec les mouvements récents et les aspirations du monde du travail. Avis partagé. Mais surtout besoin de faire aussi le lien entre ce pseudo programme du "fn" et le programme du capital et la non existence de rupture entre droite et extrême droite.
La capacité de violence politique physique de l'extrême droite dans le cadre de son activité pour le capital et remise en lumière de son projet n'est pas différentes de violences institutionnelles voir physiques contre les militants ouvriers. La droite a à sa disposition ses forces de répression légales : police, justice, droit bourgeois. Les gros bras de l'extrême droite servant au capital de supplétif ou de corps francs quand les premiers sont dans l'incapacité de jouer le rôle qu'on attend d'eux.
Le besoin est urgent, en particulier pour le mouvement syndical, de remettre à jour les liens entre les corporations fascistes et le rejet du syndicalisme. Comment les racines de l'association "capital travail" et ses déclinaisons (cercles de qualités, participations, intéressement et autres avatars du corporatisme vertical si cher aux fascismes) n'ont d'objectif que l'intégration des salariés à leur exploitation et le rejet de toute forme d'émancipation pour laisser livre l'espace de captation de la plus value pour la rentabilité du capital.
Cela demande un effort de réappropriation de l'espace politique par les salariés sans en déléguer la maîtrise à des organisations politiques même si celles-ci ont dans leur champs propre leur responsabilité à assumer y compris sur les lieux de travail.
Besoin pour qui se dit communiste et donc révolutionnaire de mettre à la poubelle les uniformes d'apparat des armées mexicaines portés dans les salons ; il n'y a pas de révolutionnaires institutionnels.
Besoin urgent de reconstruire avec ou sans ces derniers voire contre eux dès lors qu'ils persistent, à partir de ceux qui sont sous la coupe de l'offensive idéologique de l'extrême droite qui n'est que la partie populiste de toute la droite. Ils en sont les victimes premières et chacun de ceux qu'on en extirpe affaibli le talon de fer et renforce ceux qui le combattent.
Dans ce contexte rien de plus dangereux que de hiérarchiser les risques. Dans un affrontement de cette nature, de classe, c'est la classe qui compte. D'ailleurs n'oublions pas que ceux qui ont ranimé le brasier de l'extrême droite sont les caciques de la droite actuelle qui eux-mêmes nazillons et intégristes de tout poils furent en leur temps les porteur de flambeaux pour réanimer l'ordre brun vaincu en 1945.
Et n'oublions pas d'aller demander des comptes à tous ceux, TOUS, qui dans l'histoire jusqu'à nos jours ont contribué à donner un visage institutionnel voir policé à la bête immonde.
Cela tracera le contour du véritable rassemblement antifasciste à construire et le clivage actuel droite-gauche nourri de la mémoire sera certainement à redéfinir.
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