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La place de J D'arc dans l'imagerie nationale, un sujet…tellement brûlant que cela fait le buzz sur le net, même le Monde en fait sa une.
Place du Vieux marché à Rouen, juste à coté de la plaque commémorative de son exécution il y a une autre petite plaque marquée "GDF" défense de fumer danger d'incendie". C'est dire si la question est d'importance.
Une fois cette ânerie proférée (pourtant vérifiable, allez y voir), redevenons plus sérieux pour regarder ce que porte notre incandescente héroïne.
Est-elle noble ou roturière ? Illuminée ou déterminée ? Une chose est sûre le personnage est dans l'histoire. Une seconde chose tranche, c'est qu'elle est femme. Une femme qui de plus affiche une image non conforme aux canons de l'église.
La Canaille ose une hypothèse :
La question idéologique majeure pour Rome est d'empêcher par tous moyens la contestation de la supériorité masculine tant les questions de la transmission des droits de propriété comme le droit d'aînesse sont structurant de l'état moderne marchand en gestation et rôle pivot que l'église s'est arrogée le droit d'y jouer.
Le mâle est un moyen commode de transmettre pouvoir et propriété à condition que son alter égo soit en état de soumission. Et que le sujet aîné à qui on transmet patrimoine et titres le légitimant soit assuré d'être d'un unique géniteur pour assurer de l'unicité de ses droits. Les questions de la bâtardise vont polluer la vie des Maisons et alimenter jusqu'à une période récente chroniques et échos. L'arrivée de Jeanne ne fait pas l'affaire de l'église gardienne des dogmes. D'où pour une grande part son procès en hérésie.
Et si plutôt que de survoler la question de manière récupératrice et politiquement correcte à sénestre, korrecte à dextre et ultra dextre on examinait les raisons de ce combat passionnel pour savoir de quelle camp elle est ? Dit autrement comment est-elle enrôlée dans l'ost idéologique dominant. Figure d'émancipation ou image de construction de la soumission à un ordre par nature divin ?
C'est qu'au milieu de ce XVème siècle, il manque un outil idéologique fédérateur à l'ordre établi : un levier incontestable qui établira la pureté des choix de l'église pour légitimer les pouvoirs.
N'oublions pas que le procès aura lieu avant le schisme anglican et que Rome omniprésent au travers de l'inquisition est du côté de la légitimité dont la maison Plantagenet porte, jusqu'à l'épilogue du Procès, le flambeau du point de vue du maintien de l'ordre établi.
Cauchon donc ne s'en dédit point il est comme un quelconque cardinal parisien légitimant son maréchal il y a 70 ans voire bénissant la LVF ou la milice.
Si la pucelle est mise en cendre en 1431, le dogme de l'immaculée conception qui va fédérer à coup de sabre et de goupillon le royaume de France voit le jour en 1477 (décision de sixte IV). C'est à ce moment seulement que ce pendant sanctifié de la virginité rédemptrice de Jeanne pourra sortir du siècle pour entrer dans l'ordre régulier d'une nouvelle société naissante, offrant un dogme majeur de l'organisation de l'état moderne.
D’où dans un premier temps pour occuper le vide, la sanctification immédiate de Jeanne. L'église laissant apparemment tomber les Plantagenet pour s'accoquiner avec ce qui va devenir la maison de France. Puis Jeanne mise en bleue dans les armoiries est extirpée de la geste populaire et installée à la droite du seigneur dont la mère protège le royaume, servant y compris à justifier la brutalité de l'ordre établi. Pétain ne s'y trompera pas et la presse officielle et clandestine 500 ans plus tard sont marquées de ce conflit toujours non surmonté.
Son épopée appartient à la geste des unifications étatique quand pour asseoir leur hégémonie les dominants ont besoin de symboles fédérateurs. Ici J D'arc de l'autre coté des Alpes quatre siècles plus tard Verdi. Ces symboles selon qu'ils sont dans la main des appareils idéologico politique en place asservissent comme ils émancipent s'ils leur échappent.
C'est là qu'intervient l'image. Ou Jeanne est sanctuarisée virginale et idéologiquement acceptable pour permettre le retournement d'alliance à la façon d'un Te Deum à Notre Dame en septembre 44 (signe d'aliénation , même la canaille met des majuscules au nom du batiment), ou elle reste l'image féminine subversive du droit à l'émancipation dont Marianne reprendra le flambeau tant les braises de Jeanne sont encensées par l'ordre établi et donc indéfendable pour construire la République.
La réaction capitalisera le rejet jusqu'à aujourd'hui la course entre Le Pen et Fa#.
Notons comment pour l'église, qui est quand même le référent idéologique, Jeanne de lorraine servira de repoussoir à Jeanne la picarde dite Hachette, d'extraction plus roturière, porteuse de cette dimension populaire que la marche à Chinon (à écrire trop vite voila le résultat , lire "Reims") à permis à la noblesse d'arracher au peuple. Jeanne Hachette est elle aussi vecteur d'unité nationale rejeté grâce à D'Arc valorisée face à la picarde subversive. Tout comme Ferré le bucheron vivra la même marginalisation face à ce boucher de Du Guesclin mis à terre dans des conditions curieusement similaire dans un temps commun. Darwin a pu dire que la fonction crée l'organe. Pour la classe dominante la particule ne fait-elle pas le Héros (héraut ?) ?
Fêtes Jeanne Hachette juin 2011
Au final, la question de Jeanne d'Arc n'est pas une question d'icône à récupérer mais semble plus le révélateur de la profondeur de l'affrontement idéologique autour des questions du pouvoir, de la citoyenneté, de son inégalité sociale et sexuelle dogmatiquement installée pour les femmes au bénéfice des hommes, jumelée à la nature de classe de l'origine des héros.
La lecture "fn"-UMP renvoie à celle du dogme religieux dont Latran et la haine des infidèles porte l'actualité dans le débat politique comme la reconnaissance du rôle politique des femmes est un des moments des forces qui font évoluer les sociétés et déplacent de façon plus ou moins progressiste leur point d'équilibre.
C'est ce que fera la bourgeoisie en sanctifiant Mirabeau et Danton face à st Just et Robespierre puis Cambronne contre Toussaint Louverture, George Sand contre Louise Michel dès le rempart sexiste ébranlé, De Gaulle contre Fabien quand le fond de l'affrontement de classe transcende le débat.
1959 Fêtes J D'arc Orléans
Signe des temps, parmi les contemporains, la droite aujourd'hui n'a que Nadine Morano à opposer à Edith Cresson. Sans être à compter dans les groupies de la seconde cette situation permet des espoirs.
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