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Canaille le Rouge, son c@rnet, ses p@ges.

Espace d'échanges, de rêves, de colères et de luttes. Alternative et horizon communiste. point de vue de classe.   Quand tout s'effondre, ce n'est pas aux causes des ruines de gérer le pays mais à ceux qui sont restés debout.

03 février , nouvelles d'Egypte.

Publié le 3 Février 2012 par canaille le rouge in Nouvelles du front

 sourti stylo recadré Ht Def

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Des manifestants assiègent le ministère égyptien de l'intérieur © Reuters - 2012 une image éclaire ce que nous dit le message de snony

 

 

 

 

Il y a les commentaires qu'on nous instille via la télé. Et d'autres en arrivée directe qui permettent d'y voir plus clair.

Voici ce que nous envoie Sylvie avec d'abord cette introduction émouvante sur l'auteur d'un blog plein de photos que La Canaille, qui s'ssocie au message,  parcourait régulièrement avec gourmandise: 

 

http://balladeegyptienne.blogspirit.com/album/tahrir-jour-de-l-an-2012/3231273904.JPG

une photo de JosianneB:Tahrir 01/01/2012


"Impossible d’écrire sur ce blog sans saluer celle qui en fut la plus fidèle commentatrice. Il y a huit jours exactement, Josiane écrivait en bas du récit de la journée du 25 janvier “Moi malheureusement c’est devant la télé que j’ai vécu cette journée , sortie la veille de l’hôpital ( la vésicule bilière en moins ). Continue de raconter”. Quelques heures plus tard, Josiane nous a tiré sa révérence, nous laissant tous orphelins.

Le dernier post sur  ballade égyptienne, titre sur le 25 janvier, tout un symbole pour cette amoureuse de la révolution égyptienne, de l’Egypte en général, “celle que les touristes ne voient pas” m’écrit François,  en précisant “celle qu’elle a tant photographiée : la peine des femmes accablées de travaux, le sourire des vendeurs ambulants, la malice des enfants des rues”. Oui, Josiane c’était bien “l’anti-expat”, l’expression est encore de François. Rien de la condescendance qu’ont trop souvent ceux qui se penchent “à l’occasion”, sur la misère du monde. Une profonde solidarité avec tous ceux qu’elle voyait souffrir et à côté de qui elle vivait. Une rebellion infatigable contre l’injustice et l’arrogance.

A Reda avec qui elle avait reconstruit sa vie ici il y a dix sept ans, à ses cinq enfants : nous sommes nombreux à partager votre tristesse." 

 

 

Le scénario du chaos
3 FÉVRIER 2012

Bien difficile de dire ce qui s’est vraiment passé à Port Saïd mercredi soir. On a beau repasser les images, comme ce portfolio d’al-Ahram, les zones d’ombre sont immenses. De toutes façons, ce n’est presque plus le problème car une autre histoire est en train de se jouer ici. Alors que les plus de soixante-dix victimes sont à peine inhumées, il semble que le pays entier n’attendait que ce déclic pour exploser. Jeudi soir des dizaines de milliers de jeunes se sont répandus dans les rues, tout autour du Ministère de l’Intérieur. Des combats aux gaz lacrymogènes ont démarré vers 19h. A 20h, l’hôpital de campagne sur la place (mosquée Makram) lançait son premier appel aux médecins volontaires, puis à 21h pour des médicaments (ventoline, gaze, bétadine…). On annonce ce matin plus de 600 blessés, et deux morts à Suez.

les drapeaux des Zamalek et des Ahly mêlés aux drapeaux de la place

“Comment sais-tu ce qui s’est passé ?”.  Toute la journée de jeudi j’ai questionné, les jeunes qui manifestaient dès le matin sur Talaat Harb, les commerçants et les passants dont les conversations étaient de toute évidence, plus animées que d’habitude, les femmes qui défilaient l’après-midi. “Premièrement, me dit mon épicier, il y avait deux absents notoires à ce match : le président du gouvernorat, et le chef de la sécurité” alors qu’ils assistent toujours aux matchs. “Deuxièmement, on a vu à la TV, les policiers qui ouvraient la porte aux voyous pour qu’ils rentrent dans le stade”. De toute la journée je n’ai pas rencontré une seule personne qui doute de la réponse à la question : “qui est entré sur le stade pour attaquer les Ahly ?”… “Des felouls !”. Dans la nuit déjà, des jeunes du 6 avril écrivaient sur Facebook : l’armée a voulu provoquer le chaos pour détourner l’attention de la révolution et des manifestations spontanées se formaient dans les rues du centre ville, à 3h ou 4h du matin !

Le fait est qu’hier soir, anniversaire de la “bataille des chameaux”, les jeunes de Kazeboon avaient prévu de projeter sur la place Tahrir les films de l’attaque des manifestants par les nervis à la solde du PND, il y a tout juste un an. La projection a été annulée, si on peut dire, par une séance de cinéma vérité dans la rue d’à côté. En quelques minutes, sur le coup de 19h, la température est montée d’un cran (voir video) : des cris, des motos qui ramènent des blessés de la rue Falaky, d’autres motos qui partent au front en sens inverse, un hôpital de campagne s’organise… Un scénario qui ressemble aux heures noires de décembre, rue M. Mahmud.

Nous étions à Bab el-Luq, après avoir contourné le barrage sur Qasr el-Einy, le barrage sur la rue Falaky, celui sur la rue Majlis al-Sh’ab, celui de Lazurly, celui sur la rue Mansour, celui de Cheikh al-Rihan, celui de la rue Mohamed Mahmud… A chaque barrage, des rouleaux de barbelés. Derrière les barbelés, “protégeant” le Ministère de l’Intérieur, des markazy (sûreté centrale). Devant les barbelés, des centaines, voire des milliers de jeunes, pacifistes, venus parfois au son d’un roulement de tambour (comme sur cette vidéo) mais dont les slogans étaient sans équivoque “La peine capitale pour le maréchal”,”Tantawi, c’est Mubarak”, “Le responsable (de Port Saïd) c’est le Conseil (suprême)”, “A bas, à bas le pouvoir militaire”, et enfin al-dakhilya baltaguya (l’Intérieur, ce sont des voyous).

Le divorce entre le peuple et l’armée (celui avec la police est consommé depuis un an) est nettement perceptible depuis le 25. Mais jeudi soir, il a  explosé comme une énorme boule de haine accumulée. Déjà la nuit précédente, alors que le train des supporters du Caire arrivait en gare Ramses, ramenant les blessés, un impressionnant rassemblement s’était formé (vidéo ici) , à 3h du matin. C’est que les victimes ne sont pas n’importe qui : ce sont les supporters des deux grands clubs du Caire, dont les fameux Ultras (altrass en égyptien). Ils ont apportés leur soutien musclé aux révolutionnaires aux pires heures de l’an dernier. Ils étaient encore là mardi soir lorsque des affrontements ont eu lieu du côté de l’assemblée nationale. Leur cortège arrivé sur Tahrir vers 16h aujourd’hui, encadrait une manifestation de femmes dont les slogans condamnaient sans appel le Maréchal et son Scaf.

Comment les tireurs de ficelle qui fabriquent depuis plusieurs mois ces scénarios de l’horreur (attaques de voyous préméditées, passivité organisée des forces de l’ordre, répression féroce après coup) ont-ils pu manquer à ce point de psychologie en s’attaquant à l’identité du pays, son équipe de foot ? A cette question des jeunes présents sur les lieux témoignent : “les attaquants ne tapaient pas sur n’importe quel supporter : ils avaient des victimes bien désignées”. On aurait donc voulu, en terrain extérieur, faire leur peau à quelques uns de ces Ultras ? … Mais avait-on prévu un tel dérapage ?

Les dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté à travers la ville hier, et qui appellent au million pour aujourd’hui, n’ont, de leur côté, aucun doute sur l’origine du chaos.

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