Lorsque le Labour 20 (L20) et le Business 20 (B20) ont présenté, le 3 novembre à Cannes, leur déclaration commune à l'intention des chefs d'Etat et de gouvernement du G20, l'absence de Bernard
Thibault avait été très remarquée. A la différence de ses homologues de la CFDT et de FO, François Chérèque et Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de la CGT n'avait pas fait le
déplacement pour cette initiative inédite associant des représentants du patronat et des
syndicats. Pis, il avait boycotté la réunion organisée la veille à l'Elysée, où Nicolas Sarkozy avait reçu à déjeuner une délégation du L20 menée par Sharon Burrow, la secrétaire générale
de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui fédére 301 syndicats, dont la CGT, la CFDT, FO et la CFTC.
Le blog "Questions sociales" est en mesure de révéler la raison de cette absence : Bernard Thibault était en désaccord avec le principe d'une déclaration commune entre le L20 et le B20.
Dans une lettre à Sharan Burrow, en date du 27 octobre, que le blog s'est procurée, Bernard Thibault souligne que "la
pertinence politique de cette initiative" n'a pas été débattue lors du conseil général de la CSI et que la CGT "invitée
à participer au L20 n'a jamais
été sollicitée à ce sujet".
Bernard Thibault va plus loin : "Il
me parait inopportun, écrit-il, au
regard de la crise actuelle et de la situation à laquelle sont confrontées les organisations syndicales dans nombre de pays, de laisser entendre qu'il y aurait une vision partagée entre
syndicats de salariés et patronaux sur les principaux facteurs qui permettraient une sortie de crise durable."
"LA CGT NE PEUT SE DECLARER SOLIDAIRE"
"Celle-ci passerait, entre autres, poursuit M. Thibault, par
une mise en cause des critères de gestion qui prévalent dans les multinationales aujourd'hui. Tant sur la forme que sur le fond, la CGT ne peut se déclarer solidaire de cette démarche. Aussi,
si un texte commun au B20 et au L20 doit être publié, il ne peut laisser entendre, par la présentation utilisée, qu'il a reçu l'accord de la CGT."
Cette "mise
au point" n'a pas été rendue publique lors du sommet de Cannes. Et François Chérèque et Jean-Claude Mailly avaient assuré que la CGT n'avait pas exprimé de réserves officielles sur la
déclaration commune, mettant l'absence de Bernard Thibault à l'Elysée sur le compte du lourd contentieux qui oppose la centrale syndicale au président de la République. La lettre de Bernard
Thibault écorne singulièrement la belle unanimité syndicale que prétendait afficher cette déclaration.
Qu'il écorne, entame voir déchire cette unanimité ne peut être qu'une bonne nouvelle pour les luttes et
l'avenir de la CGT
Ciu après pour rappel, le communique de BT lors de l'annonce de la proposition de l'Elysée :
Le G20 qui se déroulera à Cannes les 3 et 4 novembre prochains sous présidence française, se tiendra au plus fort d’une nouvelle étape de dégradation des
indicateurs économiques et sociaux. Comme nous le répétons depuis l’automne 2008, il ne peut y avoir de sortie de crise sans politique de relance fondée sur les salaires et l’emploi, sans
activer et renforcer les systèmes de protection sociale.
Au lieu de ces choix, la plupart des gouvernements européens et l’Union Européenne elle-même se sont engagés dans de violentes politiques de rigueur et
d’austérité visant à réduire à marche forcée les déficits, en gageant les systèmes nationaux de solidarité et en dérégulant leurs services publics. Dans de nombreux pays, la facture colossale
générée par le sauvetage des banques est aujourd’hui adressée aux plus fragiles et aux plus pauvres tandis que les fauteurs de crise sont largement épargnés. A la veille d’un G20 qui placera
de nouveau le soutien au secteur bancaire et financier au cœur de ses préoccupations, on mesure les dégâts sociaux de telles options et l’inefficacité de mesures qui au lieu de juguler la
crise, l’ont aggravée.
Pour tenter de compenser la faiblesse prévisible des engagements sociaux qui résulteront du G20, au regard des revendications syndicales et des exigences des
peuples, le Président de la république va mettre les petits plats dans les grands pour les syndicats du G20 qu’il invite à déjeuner le 2 novembre, la veille du sommet des chefs d’état.
L’insistance mise par les services de l’Elysée à la présence des premiers dirigeants syndicaux français dans une délégation mondiale atteste de la volonté
d’instrumentaliser par l’image un soi disant dialogue social inexistant dans la conduite de sa politique nationale.
Je ne me prêterai pas à cet exercice en laissant à la délégation syndicale de la CSI le soin de porter les revendications communes à l’ensemble du mouvement
syndical international et que nous partageons. Pour la CGT, les questions sociales dans le cadre du G20 ne peuvent être traitées dans le cadre d’une confrontation franco-française.