Ballade électorale ou quand Corneille à plus d'un tour dans son sac et les yeux doux de 2012 ne sont que reprise de la dramaturgie classique :
La Canaille s'autorise une vision contemporaine d'un des grand conflits de la dramaturgie française. Que Gerard Phillipe et Maria Casares acceptent mes excuses pour éclairer ainsi les fausses haines qui cache un si grand amour.
Si ici ennemi n'en rabaisse qu' à concourant, on ne sait si le père ici n'est que père ou si "père" n'est pas aussi repère.
Sauf que le tragique c'est qu'ils puissent nous la jouer et que de Corneille la trame, les idées prennent racines.
MARINE
Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau.
Si tu m'offres ta tête, est-ce à moi de la prendre ?
Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre ;
C'est d'un autre que toi qu'il me faut l'obtenir,
Et je dois te poursuivre, et non pas te
punir.
COPE
De quoi qu'en ma faveur notre amour t'entretienne,
Ta générosité doit répondre à la mienne ;
Et pour venger un père emprunter d'autres bras,
Ma Marine, crois-moi, c'est n'y répondre pas :
Ma main seule du mien a su venger l'offense,
Ta main seule du tien doit prendre la
vengeance.
MARINE
Cruel ! à quel propos sur ce point t'obstiner ?
Tu t'es vengé sans aide, et tu m'en veux donner !
Je suivrai ton exemple, et j'ai trop de courage
Pour souffrir qu'avec toi ma gloire se partage.
Mon père et mon honneur ne veulent rien devoir
Aux traits de ton amour, ni de ton désespoir.
COPÉ
Rigoureux point d'honneur ! hélas ! quoi que je
fasse,
Ne pourrai-je à la fin obtenir cette grâce ?
Au nom d'un père mort, ou de notre amitié,
Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine
À mourir par ta main qu'à vivre avec ta
haine.
MARINE
Va, je ne te hais
point.
COPÉ
Tu le dois.
MARINE
Je ne puis.
COPÉ
Crains-tu si peu le blâme, et si peu les faux bruits
?
Quand on saura mon crime, et que ta flamme dure,
Que ne publieront point l'envie et l'imposture !
Force-les au silence, et, sans plus discourir,
Sauve ta renommée en me faisant mourir.
MARINE
Elle éclate bien mieux en te laissant la vie ;
Et je veux que la voix de la plus noire envie
Élève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis,
Sachant que je t'adore et que je te poursuis.
Va-t'en, ne montre plus à ma douleur extrême
Ce qu'il faut que je perde, encore que je l'aime.
Dans l'ombre de la nuit cache bien ton départ ;
Si l'on te voit sortir, mon honneur court hasard.
La seule occasion qu'aura la médisance,
C'est de savoir qu'ici j'ai souffert ta présence :
Ne lui donne point lieu d'attaquer ma vertu.
COPÉ
Que je meure !
MARINE
Va-t'en.
COPÉ
À quoi te résous-tu ?
MARINE
Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère,
Je ferai mon possible à bien venger mon père ;
Mais, malgré la rigueur d'un si cruel devoir,
Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.
COPÉ
Ô miracle d'amour !
MARINE
Ô comble de misère !
COPÉ
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères
!
MARINE
Copé, qui l'eût cru ?
COPÉ
Marine, qui l'eût dit ?
MARINE
Que notre heur fût si proche, et sitôt se perdît
?
COPÉ
Et que si près du port, contre toute apparence
Un orage si prompt brisât notre espérance ?
MARINE
Ah ! mortelles douleurs !
COPÉ
Ah ! regrets superflus !
MARINE
Va-t'en, encore un coup, je ne t'écoute plus.
COPÉ
Adieu ; je vais traîner une mourante vie,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.
MARINE
Si j'en obtiens l'effet, je t'engage ma foi
De ne respirer pas un moment après toi.
Adieu ; sors, et surtout garde bien qu'on te
voie.
MORANO
Madame, quelques maux que le ciel nous
envoie...
MARINE
Ne m'importune plus, laisse-moi soupirer.
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.
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