Le Conseil Constitutionnel vient de donner un coup de plumeau sur la loi du 3 janvier 1969 concernant les personnes menant une vie itinérante. Les «gens du voyage», façon "administrativo-pudique" de dire Gitans, Manouches, Roms français etc.) se voyaient ainsi remettre soit un «carnet de circulation», soit un «livret de circulation». Ce dispositif toutes formes confondues "fête" un siècle d'existence cette année. C’est dire combien les pesanteurs idéologiques s'enracinent dans notre pays.
Notons que ce sont ces dispositifs qui conduiront des milliers de personnes en internement (dont à l'autodrome de Montlhéry ou le camp d'Aincourt en IDF mais aussi Montreuil Bellay ou Moisdon la Rivière) de part l'usage qu'en fera le gouvernement de Vichy.
Donc pas nouveau dans l’histoire française. Cette façon de regrouper dans une catégorie administrative "hétérogène" des personnes relevant de citoyenneté française n'a pas soulèvé d'indignation majeure et était même quasiment ignorée parce que caché.
Anecdote qui pourrait être savoureuse si elle n'était si tragiquement révélatrice, un gamin de sept ans, interné sous vichy et libéré alors que L Blum est déjà depuis quelques temps de retour, pour que l'état ne reconnaisse pas la persécution sur des critères de type raciste, il lui délivrera une carte au titre... de l'internement politique.
Donc le Conseil Constitutionnel saisis d’une question prioritaire de constitutionnalité par un forain marseillais, après de longue méditation a décidé de s'en tenir au minimum syndical en maintenant le livret de circulation pour les "nomades".
Il retire certes le livret anthropométrique mais impose à tout résident nomade ce livret à faire renouveler tous les un à cinq ans en préfecture alors que la carte d'identité n'est en aucun cas obligatoire pour les autres citoyens de ce pays.
Une obligation de durée s'imposera pour voter à ces citoyens français alors que des ressortissant de l'UE peuvent sans problème participer aux élections locales (et qui restent interdit aux immigrés fiscalement établis en France) cela transpire sa peur de l'autre.
Traduisons.
Tu tiens un stand à la foire de Paris et de là tu fais les autres grandes foires les unes à près les autres sans repasser vider ta boites aux lettres, pas de livret et tu peux voter.
Tu fais la même chose avec un manège et tu vas de la fête des Loges à la Foire du trône et les autres, tu récupère ton courrier poste restante, là le livret s'impose et tu ne peux pas voter dans les mêmes conditions qu'un représentant itinérant en vin ou outillage. Livret pour les manèges et les guimauves pas pour les cartons de Beaujolais ou les clefs à molettes.
C'est la rationalité du Conseil Constitutionnel. Quelle sagesse !!
D'aucuns disent que ce texte marque une avancée : Il sera plus facile d'obtenir un prêt à la banque disent ses défenseurs. Oui, comme le fait de ne plus aller en prison pour fait de grève mais de pouvoir toujours être mis à la porte de la boite.
Les membres du Conseil constitutionnel ont également décidé de maintenir le quota maximum de gens du voyage par commune de rattachement, établi à 3% de la population. «On est pourtant des citoyens français ! A quelle autre partie de la population interdit-on de s’installer dans une ville ? En fait, ce dont ils ont peur, c'est qu'un des nôtres soit élu maire un jour...» s'encolère à juste titre celui qui a fait interpeller ce CC d'un autre temps.
Les 300 000 à 450 000 gens du voyage français (le pays dispose de 20 000 places en aires d'accueil) seront-ils tous désormais assujettis à ce dispositif ? Et dès lors comme cela semble cas ce faut statuts d'indigénat itinérant sera maintenu au mépris des conventions internationales signées par la France.
Ce Conseil a une solide constitution mais ses valeurs sont inconsistantes.
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