Il y a trente ans ce genre de récit faisait les délices des rédacteurs en chef des quotidiens durant l'été sous le titre "exotisme d'un périple aux antipodes" pour se gausser des" indigènes attardés qui n'ont pas le savoir faire de notre SNCF".
Cela se passe en France en mai 2012.
Pour cette fois, plutôt que d'apporter le point de vue de l'intérieur, laissons parler un voyageur à partir de son expérience d'usager de ce qui fut la fierté des cheminots et que les politiques mises en oeuvre transforment trop souvent en boulet :
Comme la mésaventure est arrivée à Charles qu interpelle Guillaume III. Sa plume et son regard nous donne une version qui coïncide avec les dénonciations multiples et permanentes des cheminots avec leurs syndicats CGT, leurs luttes pour le Service Public et celles, ici à longueurs de p@ages de Canaille le Rouge*.
Lisez donc. Au dela d'un ou deux points mineurs techniques très à la marge qui ne pèsent en rien sur la pertinence du propos, c'est plus qu'instructif.
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Si la presse a parlé de cet éboulement de rochers qui a fait dérailler, heureusement sans gravité, un train sur la ligne SNCF entre Brive et Montauban, elle a peu parlé des conséquences pour des centaines de voyageurs devant transiter par Toulouse…
M. Pepy
Président de la SNCF
La faute à « pas de chance », M. le Président ?
Partant de Marseille je devais me rendre ce mardi 22 mai à Brive pour une réunion qui se tenait de 14h à 17h.
Fut un temps pas si éloigné j’aurais pu prendre le train de nuit (ou du matin) de la ligne Nice /Nantes (ou Irun).
En changeant à Toulouse j’aurais été largement à l’heure pour mon rendez-vous. Je pouvais repartir sans me presser après ma rencontre et, arrivé à Toulouse, prendre le train du soir ou celui
de nuit dans l’autre sens pour me retrouver à mon point de départ au plus tard très tôt le matin. Dans le pire des cas, deux nuits de train pour 3h de réunion ce n’était pas fameux mais bon
on pouvait se dire qu’au moins il n’y avait qu’une seule journée de travail neutralisée.
Aujourd’hui, à l’heure du TGV, puisque la distance qui sépare les deux villes est de 603 km on pourrait penser qu’un tel déplacement pourrait me prendre un peu plus de deux heures à l’aller et que l’aller-retour se fasse aisément dans la journée.
Mais voilà il n’en est rien et il suffit d’un incident pour que le temps de trajet d’aujourd’hui soit bien plus élevé qu’avant.
Sur le trajet Marseille Brive via Toulouse, le plus court et le plus logique, il n’y avait pas de train ni de nuit ni du matin qui me permette d’être à l’heure à ma réunion [1]... sauf à
partir la veille en milieu de journée.
Dans le meilleur des cas, l’aller-retour proposé par la SNCF s’effectuait dans la journée à quatre conditions.
Accepter d’emprunter un autre parcours à
l’aller
Accepter le supplément de prix qui va avec
(plus 50€)
Accepter une amplitude horaire de plus de 18h
(de 5h 36 à 23h 44)
Pouvoir arriver avec quelques minutes de
retard et partir quelques minutes à l’avance.
Pour me rendre à Brive, j’ai donc dû prendre le TGV Marseille Paris de 5h 36, puis prendre dans l’autre sens le train Paris Brive afin d’arriver à 13h 57 en gare. 1300 km au lieu de 600, soit plus du double de distance, bonjour le développement durable, l’économie d’énergie (et d’argent pour l’usager…) et le gain de temps : tous arguments dont la SNCF se vante d’être un ardent artisan ! Mais ce n’est pas tout.
Ma réunion finie je me rends à la gare de Brive pour prendre le train de 17h 07 et là j’apprends qu’il a été supprimé (ce qui n’est pas rare à en croire les habitués de la ligne). Cette fois-ci c’est à cause d’un éboulement de rochers qui n’a heureusement fait aucun blessé, mais a obstrué la voie au sud de Brive.
La SNCF annonce aux voyageurs qu’un car est mis en place pour leur permettre de rejoindre Toulouse.
Pour faire les 147 km qui séparent Brive de Montauban (où les passagers reprendront un train pour Toulouse pour faire plus vite !) le car mettra 4h !! S’arrêtant à toutes les gares
qui jalonnent le parcours et ne prenant jamais l’autoroute. Résultat ? Les usagers arrivent à Toulouse avec plus de deux heures de retard et en ayant loupé leur correspondance.
Nombre de trains de nuit et du soir ayant été supprimés depuis plusieurs années [2], il ne reste plus aux voyageurs (puisque tous les hôtels proches sont bondés) qu’à dormir en gare dans un train
couchette mis à disposition par la SNCF et tenter de repartir le plus vite possible dans les trains du lendemain, rares et donc pris d’assaut.
En ce qui me concerne le voyage retour jusqu’à Marseille prendra près de 24h mais ce n’est pas l’essentiel.
L’essentiel c’est de savoir comment on aurait pu éviter cela. Je ne parle pas de l’éboulement dont il est à souhaiter qu’une enquête détermine quand même s’il était réellement imprévisible ou si le manque d’ouvriers de maintenance, dont la CGT en particulier dénonce année après année, la diminution constante a empêché de sonder la roche et de prévoir ainsi ce phénomène naturel.
Mais en admettant même que l’évènement soit dû à « pas de chance » n’y avait-il pas moyen de réagir autrement ?
Eh bien oui !
Cela suppose d’autres choix.
Si la SNCF n’avait pas drastiquement restreint
le matériel il y aurait eu, comme c’était le cas par le passé, des trains de secours en amont et en aval de l’accident qui auraient pu prendre en charge les voyageurs afin de réduire au
maximum le déplacement en car et donc la perte de temps. Prendre alors la correspondance (de 19h 50 en ce qui me concerne) était alors possible sauf à dire que faire 173km en moins de 2h 40
est impossible pour la SNCF...
Et même la correspondance ratée, si les trains
de nuit et du soir n’avaient pas été supprimés au fil des ans évidemment que le résultat aurait été tout autre. Les voyageurs auraient pris le train d’après et leur retard n’aurait pas pris
ces proportions.
Enfin si la SNCF, devant cet évènement peu
banal avait ajouté un ou des trains supplémentaires (ce qui lui arrivait de faire par le passé dans des situations analogues) là encore les voyageurs auraient pu se rendre sans trop de retard
à leurs différentes destinations.
Mais ce n’est pas cela que la SNCF a fait. Ni avant l’éboulement, ni après. Elle a laissé les personnels se dépatouiller comme ils pouvaient avec la foule d’autant plus nombreuse dans le local d’accueil de la gare de Toulouse que ni en gare de Brive, ni sur les lignes téléphoniques réservées, les agents n’étaient informés de la suite des évènements [3].
Cartons d’amalgames chimiques colorés au goût indéfinissable en guise de repas du soir, train couchettes sans draps ni couvertures en guise d’hébergement, mais par contre forces de police renforcées au cas où… voilà la gestion d’un imprévu par une entreprise qui cherche la rentabilité à tous prix et dans cette optique transforme les usagers en clients.
Il y a quelques années une tempête particulièrement violente avait privé d’électricité une grande partie de la France. Les agents EDF avaient mis les bouchées doubles pour rétablir le droit à l’énergie pour toutes et tous en un temps record malgré les intempéries. L’entreprise, le service public et ses agents en étaient sortis grandis.
Croyez-vous que l’on puisse dire la même chose de la SNCF suite à cet accident ? Je ne le crois pas. Au contraire il a agi comme un révélateur des conséquences de la casse de ce service depuis des années.
Faut-il le dire et le redire ? Selon les critères qui régissent le capitalisme un service public ne sera jamais rentable. Sa rentabilité est ailleurs. Elle est dans ce qu’il rend les usagers citoyens et égaux, co-décideurs et responsables de services qu’ils décident de rendre accessibles à toutes et tous et leur garantissant l’accès au transport, au soin, à l’éducation, à la santé… Dans cette optique on n’attend pas d’un train qu’il soit « capitalistement rentable » mais qu’il soit à l’heure, bien entretenu et fréquent.
Et dans notre conception de la SNCF qu’elle soit aussi une entreprise qui réagisse au mieux devant l’imprévisible…si imprévisible il y a.
Veuillez croire, Monsieur le président, que pour nous, si « le changement c’est maintenant », à la SNCF, il passe par ces objectifs-là.
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Quelques éléments complémentaires
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Le 28 mars 2012 [4] la CGT de la région dénonçait les fermetures pour des travaux qui auraient pu se faire avec des trains qui
roulent « comme cela fut fait à Rodez, il y a de cela quelques années ». Elle dénonçait aussi la suppression de 51 emplois d’agents de maintenance et d’entretien et le fait que
la SNCF ait dégradé les horaires ou rallongé les temps de parcours d’autres trains. |
[1] Du moins ce jour-là. Le train de nuit Marseille Toulouse existe bien mais soit il ne circulait pas cette nuit-là, soit il était complet. Une autre « solution » proposée sans rire par la SNCF était de prendre un train jusqu’à Toulon. De là prendre le train de nuit pour Paris et ensuite le train Paris Brive !!
[2] il subsiste un train de nuit Toulouse Marseille certains soirs
[3] et même de l’éboulement lui-même sur la ligne dédiée Grand Voyageur alors que le train était déjà annoncé comme supprimé !
[4] entretien au Midi Libre
L'incident dont parle Charles s'est produit L'incident est survenu mardi 22 mai, vers 15 heures, sur la commune d'Espère-Caillac (Lot), entre Cahors et Gourdon. La locomotive d'un TER assurant la liaison Toulouse-Brive est sortie des rails aprés avoir heurté un amas de pierres et de terre provenant d'un mur peut-être fragilisé par la pluie mmais sans doute rendu vulnérable par la diminution des pas d'entretien ainsi que la fermeture de la gare de Gourdon et la restriuction d'activité de celle de cahors qui sont à l'origine d'action convergentes des cheminots et des usagers depuis des mois sur la ligne.
Cerise aigre sur ce gateau de gâchis ferroviaire déjà fort indigeste :
Les syndicats de
cheminots à Rodez protestent contre la disparition du train de nuit Rodez/Paris pour plusieurs jours. La décision a été prise après l’éboulement de Mercuès dans le Lot mardi, et qui a entraîné
l’interruption de la circulation des trains entre Toulouse et Brive.
La CGT souligne
que la ligne Rodez/Paris n’est encombrée à aucun endroit. Pour elle, rien ne justifie cette suppression du train de nuit et déplore un abandon des services publics en milieu rural.
*comme les sénateurs du groupe CRC viennent de déposer un projet de loi qui dans son approche parle non pas de la SNCF mais du système public ferroviaire, cet article servira d'illustration des critiques et ou approbation(?) que La Canaille à l'intention d'y apporter très prochainement.A la première lecture, peur que le coulis pour rouge qu'il veuille être soit un conservateur industriel plutôt qu'un exhausseur d'arôme naturel.
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