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Canaille le Rouge, son c@rnet, ses p@ges.

Espace d'échanges, de rêves, de colères et de luttes. Alternative et horizon communiste. point de vue de classe.   Quand tout s'effondre, ce n'est pas aux causes des ruines de gérer le pays mais à ceux qui sont restés debout.

Egypte : Peuple-armée : de l’eau dans le gaz.

Publié le 10 Avril 2011 par canaille le rouge in Solidarité internationale et expériences

 

Je continue sans vergogne de piller pour vous informer, le carnet de snony. De ce qu'elle non montre, la vie en Egypte après la première phase d'une révolution, comme le Nil, n'est pas un long fleuve tranquille. 

 

 

Peuple-armée : de l’eau dans le gaz.
9 AVRIL 2011

par snony

Après la magnifique et pacifique manifestation d’hier, la nuit a été plutôt sombre au Caire. Deux mille personnes étaient restées sur la place pour la nuit. Une unité spéciale de l’armée est entrée sur celle-ci entre 2h et 3 du matin puis a violemment attaqué. Pendant deux heures, on a entendu des tirs (très sonores parce qu’en l’air). Les militaires ont utilisés des gaz lacrymogènes, des matraques, et écroulé les quelques tentes qui s’étaient installées hier soir avec l’objectif annoncé de « faire tomber Tantawi », le chef des forces armées.Ce matin la place avait repris des couleurs anciennes, mais beaucoup moins joyeuses que celles d’hier. La couleur des journées de fin janvier et début février. Jonchée de débris en tous genre, des dégâts aux vitrines alentour, un véhicule calciné, des militants cabossés. (reportage photo matinal ici).

J’interroge une jeune fille qui a assisté aux événements. Elle raconte la violence de l’attaque et les gens qu’elle a vu tomber autour d’elle. Je lui demande s’il y a eu des morts. « Je ne sais pas, j’ai vu les militaires traîner des corps, mais je ne sais pas où ils les ont emmenés ». Elle montre des douilles de balles réelles ; elle a le visage barbouillé de sang. Les hommes qui se sont rassemblées autour d’elle pour l’écouter sont dubitatifs. On a du mal ici à imaginer que l’armée puisse agir contre la révolution. Certains mettent en cause ses propos, lui demandent des preuves…

Pourtant la réalité de l’attaque ne fait pas de doutes. Un film amateur tourné cette nuit en montre de nombreux détails sur Youtube.

Pourquoi une telle attaque ? Il est vrai que la place avait déjà été vidée par les militaires le mercredi 9 mars (voir ce papier). L’attaque avait été suivie de l’arrestation d’environ deux cents jeunes qui avaient été enfermés et tabassés dans le hall du musée. L’armée avait cependant présenté des excuses publiques le lendemain pour apaiser l’émotion qui se manifestait dans la presse et dans la rue (tout en niant les tortures).

L’opération qui a été lancée cette nuit est d’une autre ampleur. Un témoignage très détaillé et lucide d’un jeune présent sur la place est sur Facebook (en anglais). Il permet de compléter les informations mises en lignes ce matin par la chaîne  Al-Jazeera en anglais. Les images diffusées dans la video ci-dessus montrent la quantité de chars et de matériel d’intervention qui a été déployée, bien disproportionnée à la poignée de manifestants présents. S’agit-il d’une opération d’intimidation après la manifestation d’hier ?

Deux autres pistes d’analyse existent, qui d’ailleurs ne s’opposent pas forcément. Des officiers (sept selon Al-Jazeera) avaient rejoint hier, en civil, les manifestants sur la place malgré les menaces qu’avaient proféré le CFSA contre ceux des militaires qui se rendraient coupables de tels actes. Il semble bien que cette sécession n’a pas du tout été du goût de Tantawi d’autant que les témoignages de ces officiers mettaient en cause le rôle de l’armée et son soutien effectif à l’ancien régime. C’est la tente où ils étaient rassemblés que les militaires attaquent sur le film. L’un d’eux au moins est mort.

Par ailleurs, plusieurs témoignages signalent qu’une partie des deux mille manifestants avaient décidé d’aller protester devant l’ambassade américaine contre les récentes attaques israéliennes contre Gaza et contre le prix du gaz bradé à Israël, ce qui, au passage, avait clairsemé les rangs de ceux qui restaient, malgré l’inquiétude partagée d’une possible répression. Les officiers savaient, semble-t-il,  qu’ils ne pouvaient plus rentrer chez eux sans risquer leur peau.

Leurs collègues sauront maintenant le prix de la désobéissance…

 

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