Cet article a vocation à lancer le débat. Au delà de son interet pour le c@rnet de La Canaille, il est repris ici pour participer à ce que la discussion s'engage.
L'auteur qui revendique ses ancrages et encrages RougesVifs prétend s'opposer aux capitulation en rase campagne devant le capital des différentes enseignes idéologiques se posant comme opposées au système. Que disent-elles, que font-elles, à part participer à la grande foire de 2012?
Que ce soit avec la grande distribution du PS ou les magasins discounts du FdG, voire quelques épiceries fines ou coopératives aussi discrètes que spécialisées, le capital n'est pas près d'évacuer les gondoles et le pillage mondial ne semble pas menacé par leurs si faibles propositions. Et pourtant...
"De toutes les discussions qui se propagent sur la toile monte une double préoccupation : comment dénoncer la reprise forcenée des aventures militaro-colonialistes de ce début de millénaire et trouver les forces pour les contrer et les mettre en échec ?
D'abord en s'extirpant de ce cadre certes intéressant mais coupé des lieux de l'affrontement réel : le champ économique et politique des entreprises où se créent les richesses et des lieux de démocratie que sont les collectivités politiques territoriales que la droite s'acharne à démanteler et que la "gauche" est si timide à défendre. C'est à ceux qui tiennent les rennes dans ces deux catégories d'espaces qu'il faut exiger des comptes y compris sur les engagements internationaux pris au nom de la France.
Notons d'entrée que la peur pour leurs aires de pillages a donné des ailes aux rapaces du capital. Ils sont à la manœuvre pour armer et financer toutes les officines qui pourront tirer vers le conservatisme, voire vers leurs vieux alliés intégristes tout ce qui bouge de profond au sein des peuples. Un seul objectif : que ces peuples ne reprennent pas la main. L'exemple le plus visible se déroule d'une part autour du "printemps arabe" et des manœuvres pour en profiter pour s'installer durablement dans des zones que les guerres de Libération du 20ème siècle les avaient contraints de quitter mais aussi avec toutes les opérations barbouzardes de l'Espagne et des USA en Amérique du sud.
Cela pour autant doit-il conduire comme on le voit en Afrique et au Moyen Orient à un soutien sans faille à des potentats le plus souvent mis ou laissés en places par les impérialistes soit parce qu'ils les servaient soit parce que le propre niveau régional de coercition sous leur férule participait de cette emprise sur les peuples. La liste des invités d'honneur au défilé du 14 juillet durant la présente mandature porte en soi une première réponse à ces questions. Dénoncer l'Otan et le rôle de la France en Lybie ne conduiront pas à soutenir Kadhafi et le raisonnement vaut pour la Syrie ou alors il aurait fallu soutenir le Négus d'Éthiopie à la fin de son règne puisqu'il avait dit non à Mussolini un demi-siècle plus tôt. Désolé, une lecture de classe de l'histoire ne passe pas par ce genre de raccourci. C'est du même niveau que de prétendre soutenir Prague 68 au nom de la mémoire de Stalingrad. C'est dans le rapport d'une lutte de classe internationale qu'il faut regarder les faits.
Il faut pour y voir plus clair partir d'un constat : la mondialisation du capital est la réponse et la reprise de l'initiative de celui-ci face à l'internationalisation des ripostes populaires qui avaient imposé dans des formes diverses le démantèlement des empires coloniaux. C'est dans ce contexte que le débat sur mondialisation –démondialisation nous est proposé ; dans cette situation que doivent être combattu les stratégies impérialistes.
Si la mondialisation renvoi, pour la confirmer, à la tendance démontrée par Marx à l'universalité du capital en tant que rapport social d'exploitation, l'internationalisme, lui, porte la riposte à partir des souverainetés reconnues et les coopérations que ces mêmes peuples décident de construire. C'est une des expressions de la lutte de classe au plan mondial. Lutte de classe totalement absente de la démondialisation par ceux qui postulent à la promouvoir. Au mieux défaire ce que fait l'adversaire mais surtout un néant abyssal sur la question de la propriété économique et industrielle, les conditions locales d'exploitation de la force de travail et la subversion du capital.
Si le Capital se mondialise il est plus qu'indispensable d'être solidaire de tous les peuples qui veulent reconquérir leur souveraineté contre l'impérialisme qui est son bras armé. La revendication de la souveraineté n'est pas un rétrécissement derrière des barrières chauvines mais bien l'affirmation d'une intervention souveraine des peuples, es qualité, dans l'arène internationale pour contrer les velléités du capital de régenter la planète sans barrière ni contrainte.
Ce n'est pas un hasard si la question du tracé des frontières est un tabou savamment entretenu par les impérialistes. Fruit de leur partage et répartition des zones de pillages pour diviser, tracé à la table à dessin, il s'oppose aux peuples par tous les moyens économiques diplomatiques, militaires et barbouzards. Il travaille à opposer entre eux des peuples dont l'histoire propre, complexe a été défendu contre les états coloniaux aux côtés des mouvements de libération nationale par les anticolonialistes dont par exemple de l'école française de géographie (d'où la raison de l'acharnement de la droite à saper cet enseignement). Ces frontières tracées à l'équerre sont le fruit d'un premier partage capitaliste du monde avec son cortège de racisme, de massacres de surexploitation qui la distingue de l'esclavagisme primaire par la méthode et l'échelle des pratiques génocidaires mises en œuvre.
Cette explication bien sur ne fait pas le tour mais commence à donner une des clés du problème. Pour y voir plus clair il n'est pas inutile de replonger dans la littérature révolutionnaire et ses classiques.
Cela va demander de marcher un peu à contre-courant de la pensée existant maintenant de façon quasi dominante chez les progressistes. Parce que désespérés de l'échec des expériences du 20ème siècle, il se fait jour chez certains une volonté de jeter une part conséquente du bagage théorique au nom de la responsabilité dans l'échec de ceux qui les ont formulées.
De même qu'il est plus qu'indispensable de rejeter toute déification "panthéonisation" dont on a pu mesurer avec le stalinisme jusqu'où il pouvait conduire rien de plus dangereux que de ne pas tirer enseignement et revisiter à la lumière de l'expérience des textes qui sont autant d'aide à l'analyse en particulier dans la période actuelle.
De même que rejeter Montesquieu parce que lié au esclavagiste bordelais ou Voltaire parce que protégé de Frédérique de Prusse ou Catherine de Russie confinerait à la bêtise, ou encore rejeter le Guesde des débats de la jeune SFIO parce que le même sombrera dans l'union sacrée, (relisons la controverse de Lille qui a une autre portée que les jeux de plage des primaires des héritiers de la SFIO fédérés autour du drapeau bleu à étoile de l'UE). Donc la portée théorique d'un ouvrage va au-delà du devenir de celui qui l'écrit et le Lénine de "Que faire "ou de "l'Impérialisme stade suprême du capitalisme" n'est pas le même que celui du glissement de tout le pouvoir au soviet à la NEP (y compris avec l'examen critique des réalités de la jeune Union Soviétique assiégée par l'impérialisme qui ne relâchera jamais son étreinte et serrera autant que possible à chaque fois qu'elle pourra s'appuyant sur toute les faiblesses et erreurs du PC(b) puis du PCUS).
Quand Marx engage ses travaux, quand avec Engels il publie le Manifeste, le Capital est entrain de s'ériger en classe dominante ; le processus d'industrialisation permettant la captation massive de la plus-value pour son accumulation est gagné dans le principe et à l'œuvre dans son déploiement. Si la condition prolétarienne est statuée, si le salariat devient l'horizon durablement indépassable de la condition ouvrière, les conditions du compromis avec l'aristocratie ne sont pas réglées et les états modernes sont en construction autour d'un appareil législatif chargé de codifier et faire appliquer cette domination pour la préserver. Quand la France promeut le code Napoléon, l'unité allemande, celle de l'Italie et même celle de l'Espagne si elles sont en perspective pour certains sont objet d'affrontements dont les aventures coloniales et leur crimes un demi siècle plus tard cimenteront les pactes entre leur bourgeoisie et leur aristocratie.
Les conquêtes coloniales et l'emploi des cadres politiques de l'ancien régime pour les conduire vont être le lieu de résolution d'une contradiction qui se traduira dans l'émergence d'une stratégie autour d'une grande bourgeoisie d'affaires et des noblesses d'empire ou équivalent, une stratégie coordonnée de l'impérialisme pour le capital même si des antagonismes inter impérialiste ne sont pas absents. La fin des Habsbourg, des Capet, et Visconti verra l'avènement des Fould des de Wendel, Thyssen, Cavour et ses appuis de la grande propriété latifundiaire italienne. Ce sera la construction d'une immense propriété privée quasi esclavagiste appartenant au roi de Belgique au Congo. C'est donc dans un livre d'une grande portée que Lénine au cœur de la boucherie de 14-18 a montré en quoi l'impérialisme est le stade suprême du capitalisme. Ce bouquin qui ne peut être une bible (et ce n'était pas la volonté de son auteur) est-il à jeter aux orties ? L'actualité montre que si le travail de réflexion doit être poursuivi ce serait une erreur supplémentaire que de l'ignorer tant il a posé le cadre théorique de l'impérialisme dans le cadre capitaliste et ses liens en termes d'organisation mondial du capital contre les peuples.
Ce rejet ici où là, théorisé au nom de l'échec incontestable et ici incontesté de l'expérience soviétique, les conditions de cet échec, a une capacité à produire de la désespérance : s'il n'y a rien à tirer comme enseignement des expériences, si tous ceux qui réfléchissent à comment sortir de l'ornière sont issus de ces expériences, pas de perspective possible à partir de ces enseignements.
On ne fait pas du passé table rase. De même que ce sont les révolutionnaire de 89 et de 30 à 48 qui ont fait les communards, les quels ont fait la SFIO ou encore que ce sont les plus conscients de ces impasses et de sa responsabilité dans la boucherie de 14-18, ces socialistes qui à partir de Zimmerwald en 1915, refusant la guerre et l'impérialisme feront la majorité de Tours. Ceux là même qui avec l'apport d'autres courants anti-impérialistes (dont les anarchistes) feront la perspective communiste et s'opposeront aux guerres coloniales. Une lecture mystique de "textes sacrés" comme leur ignorance est source de calcification de la pensée. Ne pas faire effort de connaissance pour approfondir et explorer l'actuel sera, outre une perte de temps, source de déconvenue d'impasse ou d'illusions, une calcification qui laisse champ libre aux falsifications.
Donc, regarder l'histoire. Pour s'en inspirer ? Oui, mais pas travailler à la reproduire. La force du capital c'est qu'il tente en permanence d'innover à partir de son objectif centrale se maintenir pour garantir l'accumulation et le taux de profit. Pour les progressistes, les révolutionnaires, il n'y a pas plus beau cadeau à faire au capital, rien de plus sclérosant pour l'émancipation que de ne viser qu'à reproduire ce qui dans un contexte donné a permis d'avancer dans le sens de l'alternative au capital. Se servir de la connaissance et de la mémoire pour démontrer la capacité du mouvement populaire à exercer sa souveraineté et imposer des reculs décisifs au capital et à l'impérialisme d'accord. Oui à la connaissance et la valorisation de 36, de 44, de 68, oui à l'union des peuples pour battre les fascismes et construire l'ONU ; non à l'idée de refaire 36, 44, 68, de recommencer Yalta ou plus près de nous de cautionner les décisions qui permettent des agressions votés au conseil de sécurité parce que produite par des institutions issue de luttes majeures ou l'acceptation tranquille de la violation du droit international par Israël.
Être révolutionnaire, c'est d'abord penser l'avenir à partir du réel. Et le réel d'aujourd'hui c'est la richesse insolente qui s'accumule par le ratissage à son profit de toutes les richesses de la planète dont l'exclusion sème misère et même maintenant le péril social et sanitaire pour plus grand nombre dans tous les pays.
Le réel aujourd'hui c'est ce droit d'ingérence ici pour mater les peuples et là ce refus d'user du droit international imposé par les peuples pour contraindre les agresseurs à cesser les agressions. C'est l'internationale du Capital qui décide. Quelle construction lui opposer ?
L'internationalisme des peuples souverains est à opposer à la mondialisation capitaliste (où la part nation se comprend dans l'esprit des révolutionnaires de 89 et le droit du sol contre le droit du sang, où l'étranger est de la nation parce que présent socialement, politiquement, citoyen actif là où se construit la construction de la société). Le point nodal en politique intérieurs comme sur le plan européen et mondial est le combat pour la souveraineté populaire.
Le mot d'ordre revendicatif de grande portée "la crise c'est eux la solution c'est nous" exige du révolutionnaire qu'il mobilise tous ses efforts à aider à explorer et mettre en œuvre des solutions qui soient au diapason des exigences et pas la reprise de recettes qui ont fait preuve d'efficacité mais demande affinement, modification voir même rupture : la question du mandat impératif et révocable de l'élu, son rôle est un de ces points de rupture.
La crise est systémique, même le président le BCE est contraint de l'admettre. Cela conduit à affirmer qu'il n'y a pas d'issue à l'intérieur du système et que c'est cette recherche dans l'organisation actuelle qui produit aggravation de la crise et ses dérives qui tendent à la barbarie. Quand guerres et massacres deviennent des solutions de survie pour une civilisation, du moins pour ceux qui y sont dominant, ceux qui les préconisent et les mettent en œuvre doivent être mis hors d'état de nuire. Pour cela il faut des solutions de rupture et de reprise en main par les peuples souverains.
Il en est ainsi des nationalisations qui pour certaines sont le périmètre judicieux et efficaces mais pas universels : le concept de réappropriation collective n'est-il pas plus pertinent, celui de nationalisation inclus ? Ne pose –t-il pas la question des espaces de souveraineté des producteurs de richesses et une capacité à la fois de coopérations entre les peuples et d'expropriation des exploiteurs. Un exemple majeur qui lie anti impérialisme et souveraineté ici et partout ailleurs : la nationalisation des compagnies minières et pétrolières n'a pas empêché le pillage de l'Afrique parce que les africains en ont été par TOUS les moyens exclus, les mallettes de billets payant le retour sur investissement. Les profits extorqués en Afrique ont été ici confisqués puis redistribué à des actionnaires lors des privatisations qui ont suivi. L'exploitation des peuples d'Afrique a été exacerbée.
Devant l'agressivité du capital et ses gâchis, la tarte à la crème de la démondialisation parce que hors champ de la souveraineté populaire, comme la décroissance hors champs des besoins sociaux à satisfaire est au mieux une illusion, au pire, et le pire est souvent le vrai, une impasse qui stérilisera le mouvement d'émancipation des peuples parce que ne portant pas les valeurs d'un internationalisme indispensable, ancrée sur la réponse aux exigences populaires terreau du rassemblement pour lutter contre l'impérialisme.
Guy Hervy-octobre 2011
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