L'ami jacques mets en ligne ses commentaires ainsi que ceux de P Bardet sur l'accident de travail qui a tué deux ouvriers, blessé un troisième et traumatisé à vie les deux autres ainsi que les sauveteurs.
Cela se passe dans une sucrerie, à Bazancourt. voici son article en lien ici.
Une réaction ici, sans qu'il y voit remontrance mais plus parce qu'elle montre la banalisation de situation intolérable à partir d'une des phrases, un commentaire de P Bardet.
Il titre son papier (et c'est totalement partagé) :
SUCRERIE DE BAZANCOURT (MARNE) : LE CAPITALISME VIENT DE TUER DEUX OUVRIERS DE 23 ET 33 ANS, ENFOUIS SOUS DES TONNES DE SUCRE
Pour avancer, jetons un regard sur la cadre et la production :
Bazancourt et 6 autres sites se sont groupés en janvier 2000 sous le nom de Cristal Union. Ce groupe est le 3ème producteur de sucre après Saint Louis et Beghin.
En 1968, la sucrerie participe à la création de Sucre Union qui donnera naissance en 1982 à la marque Daddy.
Coca cola est le premier client devant Nestlé.
Pour 2010-2011, le site internet de l'entreprise nous informe :
le Groupe Cristal Union enregistre la meilleure performance de son histoire.Les comptes combinés font ressortir un résultat net part du Groupe de 123 M€ avant complément de prix versés aux producteurs de betteraves, en amélioration de plus de 62 % par rapport à l’exercice précédent.
Chiffres 2010-2011 (pro forma estimé)
|
en millions d’euros |
Cristal Union (combiné) |
Groupe Vermandoise (consolidé) |
Cristal Union+Groupe Vermandoise (combiné) |
|
Chiffres d’affaires |
855 | 328 | 1 183 |
|
EBE |
144 |
Et avant de venir à l'actualité commencons par un rappel : cette info qui a moins de deux ans :
Publié le samedi 09 octobre 2010 à 10H00 -
xxx xxx été retrouvé sans vie le 4 octobre, vers 3 h 30 du matin, au pied d'un silo de la sucrerie Cristal Union,
DEPUIS le début de la semaine, les gendarmes travaillent d'arrache-pied pour résoudre l'énigme de la mort de Jordan Balloir, retrouvé sans vie le 4 octobre, vers 3 h 30 du matin, au pied d'un silo de la sucrerie Cristal Union, à Bazancourt. Mais si l'enquête en recherche des causes de la mort ordonnée par le parquet de Reims progresse, on ne sait toujours pas dans quelles circonstances le saisonnier de 23 ans a chuté d'un peu plus d'une cinquantaine de mètres.
...Quant à savoir pourquoi personne ne s'est inquiété de l'absence du jeune homme au cours du week-end, il pourrait y avoir une explication. D'abord parce que le week-end, les effectifs étant réduit, ses cadres ne se trouvaient pas physiquement sur le site de la sucrerie. En outre, le samedi 2 octobre, à défaut de livraison de betteraves, celui-ci avait été affecté au nettoyage des silos plutôt qu'au désilage, tâche pour laquelle il avait été recruté comme saisonnier quelques jours avant sa mort.
Puis les fait de mars 2012 tels que rapportés par la presse :
Marne : mort des 2 ouvriers enfouis sous le sucre
Deux ouvriers de 23 et 33 ans, ensevelis mardi en fin de matinée sous des tonnes de sucre après avoir chuté dans un silo de la sucrerie Cristal Union à
Bazancourt dans la Marne, ont été retrouvés morts par les secours, a-t-on appris auprès des pompiers et du parquet. Les manoeuvres de dégagement des corps coincés au fond du silo et la vidange de
la cuve, haute d'une cinquantaine de mètres, étaient toujours en cours en fin d'après midi, ont indiqué les pompiers.
L'accident s'était produit peu avant midi lors d'opérations de nettoyage d'un silo par cinq ouvriers travaillant pour une entreprise extérieure. Pour des raisons encore inconnues, les hommes ont
chuté dans le silo. Trois d'entres eux avaient réussi à s'en extraire - dont un avec l'aide des pompiers arrivés sur place - alors que les deux victimes ont été ensevelies sous des tonnes de
sucre au fond de la cuve
http://www.lejdd.fr/Societe/Faits-divers/Depeches/Marne-mort-des-2-ouvriers-enfouis-sous-le-sucre-494133/
(le JDD qui avec une délicatesse exquise accroche un lien dans l'espace de l'article ; "les boulangers fêtent les éclairs". Imaginez le scandale si un canard avait fait la même chose sur l'article relatant la mort de l'épouse de l'héritier Plantagenet au pont de l'Alma " demain fête du baba au rhum")
Marne-Bazancourt: Deux ouvriers enfouis sous des tonnes de sucre dans un silo de la sucrerie Cristal
Mardi, 13 Mars 2012 17:37 par Actucity
"Cinq hommes sont tombés dans le silo mais trois d'entre eux ont réussi à s'en extraire alors que les deux autres ont été ensevelis sous des tonnes de sucre au fond de la cuve", a-t-on précisé au
Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours de la Marne (Codis). Les cinq hommes effectuaient des travaux de maintenance. Le dramatique accident est survenu dans un silo de la
sucrerie Cristal Union à Bazancourt dans la Marne ce mardi peu avant midi lors du nettoyage. Ce début d'après midi, les recherches étaient toujours en cours pour tenter de dégager les deux hommes
coincés au fond de la cuve haute d'une cinquantaine de mètres. (source Europe1)
http://www.actucity.com/infos-locales/autres-regions/marne-bazancourt-deux-ouvriers-enfouis-sous-des-tonnes-de-sucre-dans-un-silo-de-la-sucrerie-cristal.html
Ce qui a fait tiquer La canaille c'est l'entrée des commentaires de P. Bardet (voir chez Jacques) :
"Un ouvrier peut tomber par accident. Mais CINQ ?????
Ce n'est plus du domaine de l'accident, mais du CRIME
!"
Pas de problème sur le crime, mais sur "un ouvrier peut tomber". (il va sans dire qu'ici on partage toute la suite de l'article mais que ce premier point doit être discuté)
Non, ce genre d'accident ne doit pas arriver.
Nous sommes tellement formatés à la fatalité du danger au travail qui idéologiquement en arrive à justifier la mort au travail que nous même nous en venons à véhiculer des idées que par ailleurs P. Bardet, comme La Canaille, dénonce.
Il existe des professions pourtant dangereuses où on ne meurt pas on ne mourrait plus au travail. Les lignards d'EDF, les sidérurgistes aux coulées, et d'autres que chacun peut repérer. Le taux de mortalité étant à chaque fois lié aux conditions sociales d'exercice de l'activité et donc au statut des salariés concernés. Le passé est ici utilisé parce que les privatisations font leur œuvre.
Souvenons-nous quand après la tempête de 99 il a fallu relever le réseau électrique et téléphonique, pas de morts. Au même moments sur les mêmes lieux combien d'ouvriers turcs, roumains ou ukrainien de tués dans les forets à dégager et débarder les bois de ces "pôves" propriétaires forestiers qu'il fallait bien aider en les exonérant de cotisations sociales (pour la part de main d'œuvre qui n'était pas importée au noir) ?
Mais là, en plus, dans une sucrerie, c'est comme dans une cimenterie. On n'est jamais dans le bricolage artisanal. C'est toujours une industrie lourde et technologiquement très pointue, avec des équipements qui mobilisent des capitaux considérables.
Les seuls accidents tel que celui subit par les ouvriers qui travaillaient sur le site pouvant toucher un des gros actionnaires de l'entreprise, c'est la rupture d'une corde s'il est en haute montagne pendant que les ouvriers avec de moins bonnes tentent d'entretenir ce qui lui permet de louer son guide ou c'est la chute du haut du mat de son voilier s'il n'a pas envoyé un "homme d'équipage" parce que c'est trop risqué pour l'avenir de la dynastie.
Même si le risque zéro n'existe pas il est tout à fait possible d'y tendre et faire que le risque de chute et mort de ce type soit marginal par rapport au risque d'infarctus du patron parce que le cours en bourse chute de 3%.
Une sucrerie cela se trouve quasiment exclusivement dans des zones rurales où le patron est le plus souvent un, voire le, hobereau du coin, où avoir un emploi n'est pas un droit mais une chance parfois vécu comme une protection de type seigneuriale et la structure de l'habitat renforce cette réalité.
Si nous entrons dans l'organisation économique de l'activité, ce sont les sucriers et les betteraviers qui avec les céréaliers drainent la plus grande partie des crédits publics européens de la PAC. Ils imposent aux communes et département, à leur profit, l'organisation des travaux de voierie et de génie civil pour desservir sur crédit public leurs emprises industrielles. Dans les entreprises, tous les ans des accidents équivalents par "noyade" dans le grain qui sert aux minotiers à faire leur blé tuent dans les silos ou dans les tankers pour ce qui est des sucriers.
Ce sont ces betteraviers-sucriers qui avant les progrès du machinisme agricole à partir de 1970 durant des années faisaient entrer par trains entiers des milliers d'ouvriers portugais saisonniers qui venaient pliés en deux piocher les milliers d'hectares de betteraves ("un bon binage vaut deux arrosages") hébergés dans des stalags, encadrés à l'époque par la police politique de Salazar*.
Les planteurs ont bâti ou consolidé des fortunes gigantesques qui ont été réinvesties dans l'industrie sucrière (et alcool) avec l'aide les financements de l'État et les primes de la PAC. Ces capitaux s'accumulent et exigent rémunération. Pour cela pas de temps morts dans l'utilisation de l'outil, économie sur le personnel. Le bilan est à l'entrée de la p@ge.
Pourtant qu'est ce que le coût de la mise en place de système sécurisée qui existe, performant, dans d'autres industries qui comme par hasard bénéficient d'un autre rapport de force plus favorables aux salariés ?
Tout le système d'extraction purification conditionnement de l'industrie sucrière porte des investissements colossaux qui ne peuvent être engagés que par des financiers au rein ultra solide. Et comme ça coûte, surtout en période de crise profonde qui permet d'économiser sur le capital variable sur quoi économise-t-on ? La force de travail.
Dans ces conditions, un mort au travail cela ne peut ni ne doit arriver.
Un trafic humain tel qu'il y avait une organisation spéciale de trains "Lisbonne Paris " qui arrivaient en gare d'Austerlitz où la légion étrangère embusquée avait un bureau fixe pour rabattre ceux qui tentaient d'échapper aux policiers qui traquaient les déserteurs des guerres coloniales du Portugal. Citroën avait des recruteurs qui filtraient et récupéraient de quoi alimenter en viande fraiche à profits ses usines de Javel ,Clichy, Levallois avant de se tourner vers le Maroc pour les même raisons d'encadrement politique et policier. Les autres filaient trimer dans le climat continental des grandes plaines du nord-est pour gonfler les profits des betteraviers sucriers)
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