La SNCF considère-t-elle la lutte antifraude comme un jeu ?
Une question de ce type, incongrue il y a encore quelques temps ,est à l'ordre du jour pour les cheminots de la Région Centre.
A lire l'affichette éditée pour l'occasion, lancé à la Toussaint le "challenge" des Pepy's boys ne laisse guère planer le doute même s'il risque de vite trépasser.
Fallait les comprendre. La SNCF est sous la coupe de Pepy lequel a soif de recettes mais coupe le robinet des embauches et assèche les effectifs pour mieux arroser les nouveaux entrants.
La cour du sénéchal du rail tente donc tout ce qui lui vient à l'esprit pour faire tomber les sous dans le tronc de l'entreprise.
Les contrôleurs SNCF de la région Centre ont découvert lundi le "jeu-concours" qui leur est réservé par une affichette apposée sur leur tableau de service.
Leur défi à relever façon TF1 : "la lutte antifraude" dans les TER, du 1er novembre au 31 décembre 2012. A la clé, des cadeaux.
La chasse aux mauvais payeurs et aux tricheurs est donc ouverte. Pour espérer remporter les belles récompenses, réservées aux cinquante meilleurs "antifraudeurs" – un netbook, une console de jeux, un appareil photo numérique ou encore des chèques cadeaux – les contrôleurs SNCF vont devoir "faire du chiffre".
Pour les règles du jeu "seront pris en compte les meilleurs taux d'application des barèmes bord-contrôle", précise l'affichette, soit les tarifs majorés appliqués à bord des trains, et "le plus grand nombre de cartes, billets, abonnements falsifiés ou utilisés par un tiers" que doivent relever les controleurs, à la façon d'un Lucky luke traquant tout les Dalton présent sur les voies.
Incitation à opérer un peu comme si le prefet de police disait à ses pervenches embusquez-vous derrière un kiosque à 8h58 pour aligner tout ce que vous pouvez dès 9h02.
Manque de pot pour notre assoiffé de recette, sa méthode ne la fait pas : les controleurs refusent le jeu. et dénonce une "action managériale" qui n'est pas du tout de leur goût et non conforme à leurs obligations professionelles. Ils décident donc de médiatiser "challenge".
Notons aussi que cette direction est plus prompt à se lancer dans ce genre d'opération opérations qu'à engager des moyens pour rétablir des situations perturbées avec cet exemple dans sa propre actualité :
Quasiment deux semaines pour réouvrir une gare après un incident de PN, il n'y aurait pas un "chllenge du service public à relever et a examiner les conséquences de ses restructurations ?
Vendredi 1er novembre, la CGT a vivement réagi au lancement de ce machin (cela n'a pas de nom dans le vocabulaire cheminot pourtant bien fourni)
Une réaction ferme à l'affiche apposée en début de semaine sur les tableaux de service a annonçant le lancement de l'opération «lutte anti-fraude» dans les TER de la région, du 1er novembre au 31 décembre.
«C’est la première fois que ça arrive, a réagi avec colère un délégué CGT des contrôleurs de la région Centre. "...organiser un challenge sur la fraude, on n’avait jamais vu ça, c’est n’importe quoi, on ne savait pas que la boîte pouvait aller jusque là.»
La colère est d’autant plus grande, explique le syndicaliste, que les syndicats sortent d’un mouvement lié à des agressions de contrôleurs dans les TER. «Il y a un taux de fraude important, mais l’entreprise se l’est créé elle-même : avec moins de personnel, les trains sont moins contrôlés, et avec le nouveau cadencement, un agent seul ne peut pas contrôler tout le train tellement il est plein», assure la CGT qui a appelé à «boycotter ce style de challenge». «Il est hors de question d’entrer dans ce jeu-là».
Avec «10 cadeaux à choisir parmi un netbook, une console de jeux, un appareil photo numérique» et «40 chèques cadeaux d’une valeur de 30 euros» pour masquer la chèreté du train, le poids du transport dans les budgets populaire conduisant à la fraude, jumelée à la baisse de qualité du service par manque de moyen humains et matériels, c'est piteux. Cela ne surprendra personne que la Canaille soit solidaire des cheminots.
Pas contente, la Direction Régionale qui assimile la dénonciation de l'opération à des gendarmes faisant de grand signes pour signaler l'installation de radars, se défendant cependant de toute «prime au PV».
Compte tenu que l'opération vise les TER de la Région Centre on attend avec intérêt la réaction du Conseil Régional et de son vice président délégué aux transport régionaux.
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