La Canaille a mis en ligne différents avis articles et analyses.
Danièle Bleitrach (dont une première réaction à chaud a été publié ici en milieu de semaine : Libye, ne pas s'aventurer dans le désert sans prendre une boussole ) pousse les pièces du débats.
Quand elle y invite les communistes, c'est pour ma part dans la conception défendue dans ce c@rnet : bien audelà des adhérents d'un PCF dont la lecture de l'Huma montre une grande difficulté à s'extraire des repères idéologiques dominant, le point de vue des anti-impérialistes qui savent que seule la suppression du capitalisme comme rapport social d'exploitation permettant l'accumulation permettra aux peuples de s'affranchir des obscurantismes et leurs dictatures. Les luttes et révolutions dans tous l'arc arabo africain portent cette émancipation le silence qui entoure les grèves et occupations d'entreprises montre cet enjeux.
Voici son texte qui me semble être une contribution importante à débattre pour la reflexion collective :
Les interrogations et les prises de position que je développe ici me paraissent devoir être discutées par les communistes. Je suis comme beaucoup d’entre eux lasse de voir que le débat se résume trop souvent à des questions d’élection devenues un enjeu en soi sans perspective stratégique, résumées à des personnes alors qu’effectivement l’enjeu est essentiel puisqu’il s’agit de savoir si notre peuple et la situation nécessitent l’existence de communistes et d’un parti communiste. Donc après des mois de silence je ne suis intervenue que parce ce qui se passe au Moyen-Orient dans le bassin méditerranéen me paraît nous concerner à plus d’un titre. Notre peuple français est inquiet, il est manipulé, il a besoin de prises de positions claires. Voici donc la manière dont personnellement je me positionne.
Les aspirations des peuples arabes sont justes et doivent être soutenues. Les mouvements ne sont pas nés de rien, ni d’une simple mobilisation de facebook. Souvent, comme en Égypte, ces mouvements ont été précédés de grèves et de luttes sociales importantes dont nous avons fait état ici même. L’implication du prolétariat, sa ténacité et sa mobilisation pacifique paraissent un facteur essentiel de la réussite, en particulier du basculement de l’armée. Ces mouvements ne jouissent pas du même degré de popularité de nos médias, tandis qu’on s’émeut sur la Libye, on cache se qui se passe à Bahreïn.
Il est évident que derrière ces mouvements les forces politiques, à commencer par celles de l’impérialisme tentent d’utiliser à leur profit un chaos qu’elles développent et aller si besoin était jusqu’à ce coule le sang y compris pour intervenir militairement.
Quelle que soit l’issue du bras de fer sanglant en Libye, les pays occidentaux, dont le notre, doivent laisser les peuples mener leur choix jusqu’au bout. L’intervention occidentale ne peut que rendre encore pire une situation déjà marquée par la manière dont les pays occidentaux ont empêché toute solution progressiste et attisé hier comme aujourd’hui les corruptions et les guerres civiles dans les pays arabes, faisant souvent de la manne pétrolière un véritable drame pour les peuples. Nous n’avons que trop été silencieux sur le rôle réel de la France(1), sur la dénonciation de la guerre.
Une intervention de l’OTAN comparable à celle qui s’est déroulée en Irak ou en Afghanistan doit être proscrite à jamais qu’il s’agisse de la Libye ou de tout autre lieu, le Conseil de Sécurité lui-même n’est plus une garantie, seule l’Assemblée générale de l’ONU pourrait être un recours mais jusqu’à ce jour les Etats-Unis et leurs alliés l’ont complètement paralysée et vidée de son poids politique pourtant indispensable. La crise est non seulement financière, économique, énergétique, alimentaire, elle est en toute circonstances crise des institutions démocratiques parce que tout a été fait pour empêcher l’intervention des peuples.
Pour moi, il est évident que les Etats-Unis et Israël sont en train de tenter d’installer l’Otan sans avoir à intervenir militairement, simplement en mettant en place des marionnettes ou des alliés. Faire du bassin méditerranéen un pays à la turque ou à la pakistanaise, où prospéreraient hommes d’affaires islamistes modérés et armée garante de « l’indépendance » nationale, le tout pour maintenir en fait l’alliance impérialiste et tabler sur l’adhésion d’un peuple patriote et sincèrement musulman. Le fondamental demeurant alors le partage du pillage et de l’exploitation entre prédateurs, ce qui ne peut résoudre les problèmes du peuple spolié et engendre les guerres comme « la nuée engendre l’orage ». La démocratie concédée serait celle que nous connaissons, des élections sans alternative et un peuple opprimé.
Cette « solution » est-elle susceptible de résoudre la crise ? La preuve est faite aux Etats-Unis comme chez nous que la crise s’aggrave et devient de plus en plus dure, de plus en plus belliciste. Il n’y a pas plus de solution à cette crise dans le système d’ouverture armée plus bourgeoisie islamiste modérée, qu’il n’y en a dans l’alternance sans alternative entre démocrates et républicains ou droite et PS. Dans tous les cas cela risque de déboucher sur la victoire de l’extrême-droite et des fascistes quand le capitalisme ne sera plus en état de maintenir son pouvoir autrement que par le fascisme. Dès maintenant ce fer est au feu. Et toutes les pleureuses humanitaires sont prêtes à s’y rallier. Dès aujourd’hui dans nos pays alors qu’on prétend exporter la démocratie au Moyen orient, la haine de l’étranger, de l’Islam est organisée. C’est pourquoi pour des raisons humanistes qui sont celles des communistes mais pour des raisons politiques ( le refus d’un bouc émissaire aux méfaits du capital), nous devons refuser toute forme de racisme, qu’il s’agisse de celui qui touche aujourd’hui les musulmans, les ressortissants des pays arabes et africains et qui est le plus répandu, comme celui qui sous couvert d’anti-impérialisme n’est que de l’antisémitisme pur et simple. Les enjeux de classe doivent être dégagés si l’on veut ne pas tomber dans les pièges du fascisme, le visage le plus éhonté de l’exploitation capitaliste.
La seule solution pour des communistes est de contribuer à dégager à partir des aspirations populaires – que les ravaudages politiciens de toutes sortes nécessairement trahiront- une solution anticapitaliste et anti-impérialiste. Nous devons nous y atteler en éclairant les enjeux de classe et d’indépendance nationale partout. Pas soutenir des dictatures.
Peut-être que je raisonne de plus en plus sur des durées plus longues que l’événement mais oui il faut dire que derrière ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient il y a la main des États-Unis et d’Israël, mais il faut que les masses conquièrent leur liberté et se dégagent elles-mêmes des pièges en continuant à revendiquer ce que le capitalisme et l’impérialisme ne pourront leur apporter, parce que tout ce qu’il peut leur donner c’est la misère et une autre domination étrangère. Que l’intervention soit militaire ou que le régime qui naisse de ses mouvements soit un client des États-Unis.
Je ne suis pas pour soutenir des régimes comme celui de Khadafi, même si je ne me fais aucune illusion sur qui provoque sa chute, en revanche je pense que nous communistes avons payé trop cher notre soutien à des dictatures. Le pauvre parti Toudeh d’Iran, ses militants héroïques en offrent un exemple tragique. Nous devons inlassablement éclairer les enjeux, agir sans naïveté et savoir qui se cache derrière les discours humanitaires. Et le dire au peuple français clairement, sans opportunisme en criant « au loup » avec les autres, mais sans cacher que les peuples ont raison de se révolter.
En revanche, nous devons soutenir les peuples et les dirigeants qui tentent de dégager des solutions progressistes, mieux faire connaître ce à quoi ils sont confrontés, je pense bien sûr à Cuba et aux pays d’Amérique latine. Les contraintes d’un front anti-impérialiste pour défendre leur souveraineté les conduisent à des alliances, ce ne sont pas nécessairement les nôtres, je pense à l’Iran, mais ce sur quoi nous pouvons être d’accord c’est sur la dénonciation de toute intervention militaire et de toute ingérence sur des prétextes hypocrites démocratiques, humanitaires… Voir de mœurs… Le respect des souveraineté nationale est aujourd’hui une part essentielle de la démocratie.
Danielle Bleitrach
(1) Il est absolument inimaginable que l’on puisse entrer en guerre sans consultation préalable du peuple, ni du Parlement. Pourtant telle est la situation « Constitutionnelle » dont chacun paraît s’accommoder en France.
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